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Les chercheurs de TSE : 7 avril 2014 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Nicolas TREICH

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Titulaire d'un doctorat obtenu à l'Université de Toulouse en 1997, Nicolas est Directeur de recherche au sein du groupe d'économie de l'environnement de TSE.

1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Tout d'abord, je suis originaire de Toulouse et j'ai fait la majeure partie de mes études ici. Après avoir fait un post-doctorat sur les changements climatiques à Montréal, j'ai été heureux d'obtenir un poste de chercheur à l'INRA. Il était alors tout naturel pour moi de revenir à Toulouse et de rejoindre le groupe de recherche en économie de l'environnement ici, à savoir le LERNA.

2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

J'ai une formation en théorie du risque et de la décision. Plus précisément, j'étudie des modèles décrivant la façon dont les personnes prennent ou devraient prendre des décisions face à un risque. Mes recherches appliquées portent, pour l'essentiel, sur l'analyse du rapport avantages-coûts, qui est la méthode standard utilisée en économie pour évaluer les politiques générales. J'adapte cette méthode pour étudier les effets de la mortalité et la morbidité, et mieux rendre compte de l'incertitude, de l'équité et de la rationalité limitée.

3) Quel impact ont ces recherches sur la société ?  

Je pense que nous devrions mieux évaluer les politiques générales. Prenez par exemple les problèmes de pollution atmosphérique auxquels la France a récemment été confrontée. Que devrions-nous faire à ce sujet ? Les solutions politiques sont innombrables. Si nous produisons des évaluations approfondies de ces différentes politiques, cela pourrait aider à identifier la solution la plus adaptée. Selon toute vraisemblance, une politique judicieuse doit peser l'avantage sanitaire lié à une réduction de la pollution par rapport au coût économique lié à une réduction du nombre de véhicules sur les routes, ou au moins à une réduction de la pollution par véhicule.

Ces évaluations peuvent renforcer la transparence des décisions publiques, et peuvent ensuite réduire le lobbying industriel et l'opportunisme politique. Je travaille avec les décideurs politiques pour développer l'évaluation en France, en particulier en collaborant avec la DG Trésor sur la revue Les Cahiers de l'Évaluation, avec le ministère de l'Environnement en organisant des séminaires réguliers, et récemment en participant à l'élaboration du rapport « Quinet » pour le Premier ministre français.  

4) Pouvez-vous nous relater un fait marquant, actuel ou à venir de votre travail ?

J'ai récemment travaillé sur le concept d' « aversion des catastrophes ». Prenez deux situations : i) un accident unique qui prend un nombre N de vies, et ii) un nombre N d'accidents, prenant chacun une seule vie. La plupart des critères économiques sont essentiellement neutres entre ces deux situations car tout le monde est confronté au même risque individuel ex ante. Mais cette neutralité est violée si la société est opposée aux catastrophes (pensez au changement climatique ou au risque nucléaire).

Ces travaux sont particulièrement enthousiasmants car ils ouvrent la voie à des interactions interdisciplinaires avec des chercheurs d'autres domaines ; j'ai récemment publié un article avec Matt Adler (avocat et philosophe de la Duke University) et Jim Hammitt (spécialiste du risque de la Harvard University et TSE), et je collabore également avec Carole Bernard (statisticienne et actuaire de la Waterloo University) et Christophe Rheinberger (TSE).

5) Quelle est votre devise ?

« Oh what a tangled web we weave when first we practice to deceive! » [« Quelle toile complexe nous tissons lorsque nous apprenons l'art de la mystification ! »] Une citation de Walter Scott qu'un collègue américain m'a transmise.

 
Les Chercheurs de TSE : 17 mars 2014 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Emmanuelle AURIOL

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 Au début des années 1990, Emma a effectué son doctorat en économie, à Toulouse, avec Jean-Jacques Laffont, avant de devenir assistante, puis professeure à part entière à TSE et à l'Université de Toulouse - Capitole. En 2003, elle a remporté la médaille de bronze du CNRS (Centre national de la recherche scientifique). 

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler pour TSE ?

Je me suis rendue compte pendant mon doctorat que j'étais entourée par des géants de la recherche, dirigés par Jean-Jacques Laffont, dans cet exceptionnel centre de recherche qui était clairement en passe de devenir l'un des meilleurs, non seulement au niveau national, mais également au niveau européen. Cette époque précède de loin la création du label TSE, mais il m'apparaissait clair que le potentiel était colossal et que je voulais faire partie de cette aventure.  

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Je travaille dans l'économie industrielle et publique. Mon centre d'intérêt principal est le rôle de l'État dans l'économie de marché. Mon travail s'applique aux secteurs non concurrentiels par nature, comme les infrastructures et les services publics : l'énergie, l'eau, les routes, les télécommunications, etc. Au cours des dix dernières années, je me suis focalisée sur l'application de ces questions à l'étude des économies en développement. Parmi les sujets que je traite, figurent les politiques fiscales, les réformes des télécommunications, la privatisation d'infrastructures, la corruption dans les services publics, les marchés publics, la recherche de profit et les obstacles sociaux à l'esprit d'entreprise.

 (3) Quel est l'impact de ces recherches sur la société ?

Selon moi, une partie isolée des recherches effectuées par un chercheur donné ne peut pas avoir d'impact direct. Pour exercer une influence, les recherches doivent tout d'abord être partagées, adoptées et développées par l'ensemble de la communauté scientifique afin de gagner en réputation et d'avoir potentiellement une forme d'impact ou d'utilité sociale.

Je prends plaisir à essayer de faire le lien entre mes recherches et la société par le biais d'articles et d'entretiens publiés dans la presse sur des sujets liés à mes travaux.

(4) Pouvez-vous nous relater un fait marquant, actuel ou à venir de votre travail ?

Je suis en train d'écrire un article sur les droits de propriété intellectuelle (DPI) internationaux. Cet article remet en question la mesure selon laquelle obliger tous les pays, aussi bien développés qu'en développement, à adopter une structure partagée de type occidental pour les DPI (alias l'accord ADPIC TRIPS agreement) est une action positive. Par le biais d'une analyse empirique effectuée à l'aide de données provenant de 122 pays, mon article maintient qu'un tel accord peut être un obstacle à l'innovation pour les pays en développement, du fait qu'il limite la possibilité d'apprentissage technologique par imitation. Par ailleurs, on doit à cet apprentissage par imitation, l'émergence d'innovateurs majeurs au fil du temps : les États-Unis au 19e siècle, le Japon, Taïwan ou encore la Corée du Sud au 20e siècle et plus récemment, la Chine et l'Inde.
 

 (5) Quel est votre économiste préféré ?

Kenneth Arrow, pour ses merveilleuses contributions à la théorie économique et pour l'élégance intellectuelle de ses travaux.


 
Les Chercheurs de TSE : 10 Février 2014 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Henrik ANDERSSON

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En 2005, Henrik a obtenu son doctorat à l'Université de Lund en Suède, son pays natal. Après avoir travaillé quelques années pour l'Institut de recherche suédois du transport et du réseau routier, il a été, pendant un an, membre de l'équipe de Jim Hammitt à Harvard. En 2008, il a rejoint TSE où il occupe maintenant une Chaire d'Excellence (CNRS - UT1).

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler pour TSE ?

Essentiellement en raison de l'environnement de travail stimulant : il se passe tellement de choses à TSE. Nous avons beaucoup de visiteurs, des collègues intéressants... et puis, Toulouse est une ville agréable à vivre, la qualité de vie y est remarquable.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Je travaille principalement sur l'évaluation des valeurs non-marchandes et sur la fixation des prix de ces biens non marchands. La plupart des biens et services environnementaux et liés à la santé, comme l'air pur, l'eau potable, les populations d'animaux sauvages et la réduction des risques sanitaires, ne sont pas échangés sur les marchés. Ainsi leurs valeurs économiques, c'est-à-dire le prix que les gens sont disposés à payer pour ces biens ou services, n'apparaît pas dans les prix du marché. La seule façon de leur attribuer une valeur monétaire est donc de recourir aux méthodes d'évaluation non marchande.
J'ai beaucoup travaillé dans le secteur des transports. Une étude en particulier portait sur la valeur économique de la réduction des nuisances sonores. Pour l'estimer, j'ai analysé comment les valeurs immobilières variaient en fonction de la proximité d'infrastructures de transport bruyantes. Ces résultats ont ensuite été utilisés dans une autre étude pour établir un prix du bruit, afin de pouvoir facturer les émissions aux pollueurs sonores. Je travaille à la fois à partir de « préférences déclarées », c'est-à-dire des données collectées à l'aide de questionnaires, et à partir de « préférences révélées, » c'est-à-dire les données réelles du marché, comme celles du marché immobilier par exemple, dans le cas de l'étude sur le bruit.

(3) Quel impact ces recherches ont-elles sur la société ?

Je m'intéresse particulièrement aux aspects méthodologiques de l'évaluation non marchande, ainsi qu'à l'étape suivante, qui consiste à déterminer une valeur monétaire permettant aux décideurs de faire le choix d'investissement ou de législation le plus efficace possible.
Mon travail consiste aussi à évaluer les coûts et les bénéfices de ces choix politiques. Par exemple, la baisse des limitations de vitesse améliore la sécurité routière et diminue les nuisances sonores, mais elle implique aussi que les automobilistes passent plus de temps sur la route, ce qui est coûteux pour eux et donc pour la société.

(4) Pouvez-vous nous relater un fait marquant, actuel ou à venir de votre travail ?

Je travaille sur de nombreux projets en même temps, ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise chose ! Je viens d'être invité à participer à une étude canadienne sur la réduction du risque d'accidents avec les élans et sur la somme que la population est prête à payer pour cela. C'est un sujet sur lequel je ne m'étais jamais imaginé travailler, donc c'est passionnant. Je prends également part à plusieurs projets dont les objectifs sont de comprendre comment les Chinois évaluent les biens et services environnementaux, notamment la pollution de l'air.
La conférence annuelle de l'ITEA (International Transport Economics Association) dans le cadre du TIGER Forum 2014, qui se déroulera du 2 au 6 juin prochains à TSE, est un autre projet passionnant que je co-organise.

 (5) Quel adjectif vous correspond le mieux ?
Calme

 
Les chercheurs de TSE: 3 Février 2014 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Astrid HOPFENSITZ

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Astrid est entrée dans le monde de l'économie « par hasard » : après avoir étudié les mathématiques appliquées en Allemagne, elle s'est inscrite dans un master d'économie à l'Université du Massachusetts. Elle y a rencontré les économistes qui l'ont poussée vers les domaines de la théorie des jeux et de l'économie expérimentale. « Avant cela, j'ai toujours pensé que je commencerai à travailler pour une compagnie d'assurances ou pour quelque chose d'aussi peu palpitant, mais ils m'ont conseillé de faire un doctorat. J'ai trouvé l'économie expérimentale tout à fait fascinante, c'est pourquoi j'ai choisi de faire mon doctorat dans ce domaine à l'université d'Amsterdam, ainsi que mon postdoctorat à Genève, avant de rejoindre TSE en 2007. »

(1) Pour quelle raison avez-vous choisi de travailler à l'École TSE ?

Comme la majeure partie de mon parcours professionnel, mon arrivée à TSE est due autant à la chance, qu'à un concours de circonstances ; j'ai obtenu ce poste par le plus grand des hasards, même si mon choix de postuler en France était motivé par des raisons personnelles.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Je suis une économiste expérimentale, ce qui signifie que je mène ce que l'on appelle des expériences contrôlées pour observer la façon dont les individus prennent des décisions économiques. Je travaille beaucoup en collaboration avec des psychologues pour essayer de déterminer la manière dont se comportent les gens : l'incidence que le fait de voir ou de connaître l'autre personne dans une interaction peut avoir sur le comportement dans une situation de négociation, par exemple. J'ai un certain nombre d'études en cours, des jeux de confiance impliquant deux personnes, par exemple : une personne peut envoyer de l'argent à l'autre en lui faisant donc « confiance ». Cet argent est multiplié par un certain facteur, mais il reste à la charge du partenaire qui le reçoit : c'est à lui de décider comment l'argent sera partagé entre les deux joueurs. C'est donc une façon d'étudier si et dans quelle mesure les individus investissent auprès d'un inconnu. Nous essayons tout particulièrement de déterminer comment ces données sont modifiées si l'on peut voir l'autre personne.

(3) Quel est l'impact de ces recherches sur la société ?

J'imagine que tous les chercheurs espèrent que leurs recherches aient un impact sur la société ! Ou qu'elles aient au moins un intérêt pour quelqu'un. Les jeux de confiance que j'ai décrits auparavant sont intéressants dans des situations où l'on interagit avec quelqu'un sur Internet, lorsque l'on achète quelque chose sur eBay par exemple ; on envoie de l'argent à un inconnu et on espère recevoir en retour le produit ou le service commandé. Il y a de nombreux débats sur la façon d'accroître la confiance dans ce genre de situations.
Je pense également que les jeux expérimentaux utilisés dans l'économie expérimentale peuvent contribuer à sensibiliser le public quant à la prise de décisions dans la réalité. Dans les jeux du « bien public » par exemple, les individus peuvent opter pour des choix égoïstes ou des choix pour le bien commun. Les gens se rendent rapidement compte, par exemple, que « oh c'est comme dans la cuisine de ma collocation, si personne ne nettoie les plats, alors tout le monde est perdant, moi y compris... ». Ils voient ensuite les dilemmes concrets du monde réel à travers l'expérience et essayent de trouver des solutions pour améliorer la situation pour le bien commun et individuel.


(4) Un événement marquant actuel ou à venir dans vos travaux ?

Je pense que le terme « recherche » n'est pas compatible avec le terme « événement marquant » ! Non pas parce que le processus n'est pas passionnant, mais parce qu'il est tellement lent. Découvrir quelque chose peut prendre énormément de temps. Je dirais que pour moi, les véritables événements marquants sont lorsque je peux commencer quelque chose de nouveau, lorsque l'on peut échanger des idées et que l'on réfléchit aux nombreuses pistes à suivre pour la recherche. Puis, la longue routine de l'écriture et de l'analyse commence...
Je discute actuellement de nouveaux projets avec des psychologues ici ; les interactions avec d'autres disciplines qui ont été rendues possibles par l'
IAST sont passionnantes.

 (5) Si vous étiez un légume, que seriez-vous ?

Un oignon... car il a plusieurs couches.
 
Les Checheurs TSE: 20 janvier 2014 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Bertrand GOBILLARD

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Bertrand Gobillard a rejoint TSE en 2008 au titre de professeur adjoint. Il a obtenu son doctorat à l'université de Paris X, puis a passé une année comme professeur invité à la University of Pennsylvania à Philadelphie. 

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler pour TSE ?

Je suppose que ma réponse va ressembler à beaucoup d'autres ! Mais il est vrai que l'environnement de recherche à TSE est très attractif, surtout lorsque l'on s'intéresse à l'économie théorique. Arriver ici en tant que tout jeune chercheur et avoir l'opportunité d'évoluer entouré de quelque uns des meilleurs chercheurs en microéconomie est une chance incroyable.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Je suis un micro-théoricien, ce qui signifie que je m'intéresse, d'une part, à la façon dont les individus se comportent ou prennent des décisions et, d'autre part, à la manière dont ces décisions s'agrègent pour aboutir à un résultat économique. J'aborde ces questions en m'appuyant sur des modèles théoriques. Plus particulièrement, j'étudie les marchés étroits, c'est-à-dire des marchés comportant peu d'ordres d'achat et de vente, ou des marchés où se situent de gros acheteurs et de gros vendeurs qui ont une forte influence sur les résultats économiques en raison de leur pouvoir de marché. En ce qui concerne ces marchés, je m'intéresse surtout à l'effet de certains éléments, comme la présence de différentes structures de marché, le recours à un seul moyen d'échange, les marchés fragmentés, etc. Ce travail est particulièrement intéressant pour les secteurs où des sociétés ou des agents intermédiaires entrent en jeu, par exemple.

(3) Quel impact ces recherches ont-elles sur la société ?

Les modèles que j'ai élaborés jusqu'à présent n'ont pas été construits pour un marché spécifique, en partie parce que j'analyse des situations économiques qui comprennent de nombreux marchés, or cette analyse ne se limite pas à un équilibre partiel. Je m'efforce en tout cas d'analyser le fonctionnement des marchés et l'on pourrait, par exemple, imaginer une corrélation avec le commerce de matières premières, l'énergie, les marchés d'échange de CO2. J'ajoute que la notion de marchés segmentés ou fragmentés, telle que j'en fais l'étude, est pertinente pour les marchés financiers. 

(4) Pouvez-vous nous relater un fait marquant, actuel ou à venir de votre travail ?

Je travaille actuellement sur un autre projet qui concerne la formation de croyances collectives et à la manière dont celles-ci façonnent les comportements de groupe. Par exemple, si vous examinez l'histoire des crises financières, vous verrez que ces crises suivent généralement des bulles économiques déterminées par des agents qui croient, presque avec certitude, en une hypothèse erronée. Ceci explique pourquoi les signaux d'alerte peuvent ne pas suffire à défaire les phénomènes de « troupeaux », contrairement aux événements publics qui indiquent clairement que les individus ont pu se tromper. Robert Shiller, lauréat du prix Nobel 2013, fait notamment référence à ce qu'il appelle la « nouvelle pensée économique », comme le nouveau paradigme économique qui est apparu pendant la bulle Internet. Si l'on pense que ceci n'est pas simplement causé par un comportement irrationnel, la question est donc de savoir comment construire un modèle simple pour expliquer un tel phénomène.

(5) Quel est le dernier film que vous avez vu ?

Chez moi, j'ai dernièrement revu Princesse Mononoke, qui est l'un de mes films préférés et qui a été réalisé par le célèbre réalisateur de films d'animation Hayao Miyazaki, dont j'aime beaucoup le travail !
 
Les chercheurs TSE : 13 janvier 2014 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Bruno JULLIEN

jullien.jpgAprès l’obtention en 1988 d’un doctorat en économie à l’Université d’Harvard, Bruno Jullien a passé la première décennie de sa carrière comme chercheur au CNRS de Paris (CEPREMAP, CREST). C’est en 1996 qu’il rejoint TSE au titre de directeur de recherche.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler pour TSE ?

Pour un ensemble de raisons professionnelles et personnelles. Tout d’abord, je connaissais déjà Jean (Tirole, président de TSE) et Jean-Jacques (Laffont, fondateur de l’IDEI) qui m’avaient invité au début des années 90 à me joindre à l’équipe d'organisation industrielle qu’ils mettaient en place à Toulouse. J’étais également proche de Patrick (Rey, ancien directeur de l’IDEI) qui avait décidé de rejoindre TSE. Enfin, mon premier enfant étant venu au monde depuis quelques années déjà, il me semblait que toutes les conditions étaient réunies pour déménager à Toulouse.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

J’étudie les imperfections du marché, les asymétries de l’information et les externalités. Mes recherches touchent les domaines de la microéconomie, de l’organisation industrielle, de la théorie de la réglementation et de la politique de la concurrence. Ces dix dernières années, j’ai travaillé essentiellement sur l’économie des plateformes, connues sous l’appellation de « marchés bifaces ». Il s'agit en fait de plateformes qui mettent en contact deux groupes distincts d’usagers et permettent des interactions directes entre eux. J’étudie différentes questions économiques liées à l’interaction de ces utilisateurs sur ces plateformes : externalités asymétriques, conception des plateformes, tarification, politique de concurrence, etc. En particulier, j’ai étudié le e-commerce, les plateformes médiatiques et de communication, où l’on trouve de nombreux modèles économiques différents.

(3) Quels effets ont vos recherches sur la société?

Une grande partie de mon travail revêt un grand intérêt pour les autorités de réglementation et de concurrence. À titre d’exemple, mon récent travail en collaboration avec Andreu Hagiu analyse la neutralité des plateformes, comme Amazon ou Google, qui jouent, sur Internet, le rôle d’intermédiaire entre vendeurs et consommateurs pour une large gamme de produits. Ces plateformes dirigent-elles le consommateur vers le produit le plus approprié et intéressant pour ce dernier ou l’orientent-elles plutôt vers les produits qui permettent à la plateforme de dégager le plus de profit ? Ces pratiques sont pour le moment peu comprises et peu réglementées, mais des enquêtes de la Commission fédérale du commerce américaine (FTC) et de la Commission européenne sont en cours.

(4) Pouvez-vous nous relater un fait marquant, actuel ou à venir de votre travail ?

Un sujet brûlant dont mes collègues et moi discutons en ce moment est celui de l’utilisation et de la protection des données personnelles : quels sont les dangers et les implications ? C’est un domaine qui comporte de nombreuses zones d’ombre et qui a donc besoin d’être étudié. Cela comprend, par exemple, les données collectées par les géants de l’Internet comme Google ou Facebook, mais aussi les données utilisées par les banques ou les compagnies d’assurance. Il faudra aussi considérer les risques de sécurité causés par le partage, entre hôpitaux, des données personnelles de santé.

(5) Si vous aviez échoué sur une île déserte, que souhaiteriez-vous avoir avec vous ?

Ma femme !
 
Les chercheurs TSE : 6 janvier 2014 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
François POINAS

poinas_f.jpg François Poinas, PhD en économie de l’Université de Lyon, a rejoint TSE en 2010 au titre de professeur adjoint. Il est aussi membre du Groupe de recherche en économie mathématique et quantitative (GREMAQ).

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler pour TSE ?

Je cherchais un environnement de travail stimulant pour mes activités scientifiques et TSE semblait parfaitement correspondre. En particulier, j’éprouvais un fort intérêt pour le groupe de recherche en économétrie structurelle. De plus, la qualité de vie que l’on peut avoir à Toulouse est un facteur qui a conforté mon choix.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Je travaille dans le domaine de la microéconomie appliquée, principalement sur les questions qui touchent à l’économie du travail et de l’éducation. Je m’intéresse, entre autres, à l’impact du niveau d’éducation sur les contrats de travail signés en débuts de carrière et étudie par exemple dans quelle mesure le degré de formation d’une personne peut affecter le passage d’un contrat de travail temporaire à un contrat permanent. J’analyse également les effets que peuvent avoir les diplômes des filières techniques sur les salaires en début de carrière. Enfin, un autre de mes sujets est la promotion au sein de l’entreprise : dans quelle mesure l’ascension d’une personne au sein d’une société dépend de la vitesse à laquelle elle a été promue auparavant ? Pour tenter de répondre à ces questions, j’étudie des données collectées en Allemagne, en France et aux États-Unis.

(3) Quel impact ces recherches ont-elles sur la société ?

Afin d’orienter leurs politiques, nos décideurs ont besoin de comprendre à la fois comment les individus font leur choix en termes de formation professionnelle et comment ces choix impactent le marché du travail. On peut ainsi se demander si les mesures à prendre devraient se concentrer sur le système éducatif ou plutôt sur le talent et l’environnement des individus ? Le but de mon travail est de fournir des pistes de réponse dans ce domaine.

(4) Pouvez-vous nous relater un fait marquant, actuel ou à venir de votre travail ? 

Je travaille actuellement sur un projet de recherche à partir de données provenant d’Allemagne. Cette étude cherche à déterminer comment le degré d’aversion au risque d’une personne ainsi que ses attentes en termes de revenus peuvent influencer son choix entre une filière d’éducation générale ou technologique. Les données dont nous disposons comprennent des informations détaillées sur les parcours éducatifs et les caractéristiques personnelles (environnement familial, mesure de l’aversion au risque, aptitudes cognitives et non-cognitives) des individus avant qu’ils ne fassent leur choix.

(5) Quel a été votre cadeau de Noël préféré ?

Un coffret de grands crus de la vallée du Rhône. J’ai grandi au cœur du vignoble de Saint Joseph, dans le nord de la région viticole du Rhône, donc je suis heureux chaque fois que j’ouvre une bouteille de la région. J’ai déjà pu déguster un excellent Cornas et je suis impatient de goûter ce très prometteur Châteauneuf du Pape !

 

 
Interview flash : semaine 51 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
16 décembre 2013 : Robert ULBRICHT

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Robert ULBRICHT, docteur en économie de l’Université de Munich, a rejoint TSE cette année au titre de professeur adjoint.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler pour TSE ?

Principalement en raison de l'environnement universitaire. Je travaille dans le domaine de la macroéconomie théorique et TSE me paraissait offrir, avec ses groupes de théoriciens et de macro-économistes de renom, l’environnement parfait pour mes travaux. D’ailleurs, j’ai toujours ce sentiment ! 

(2) Comment-décririez-vous vos recherches au grand public ?

Actuellement, je travaille à la compréhension des conséquences que peuvent avoir les éléments de friction relatifs à l’acquisition d’informations sur l’ensemble de l’activité économique. L’idée générale derrière ce concept de friction est que les entreprises ou les ménages (ou les institutions gouvernementales) font face à de nombreuses incertitudes quant aux conditions économiques actuelles et à l’activité des autres agents économiques. Cependant, il est possible de minimiser ces incertitudes en recherchant des informations auprès de sources ciblées. Dans ma publication post-thèse (Job market paper), j’ai ainsi tenté de comprendre dans quelle mesure l’aptitude des agents à appréhender l’économie pouvait être affectée par les conditions financières. J’ai montré en particulier que de fortes contraintes économiques pouvaient porter atteinte à la possibilité des agents de s’informer sur l’économie, expliquant pourquoi ce phénomène d’incertitude surgit pendant les périodes de crises financières.

(3) Quel impact ces recherches ont-elles sur la société ?

Pour le moment, mon travail est essentiellement théorique mais il suggère toutefois d'importantes implications. Nous savons, par exemple, que dans nombre de situations, les investisseurs n’aiment pas prendre de risques. Dès que les conditions économiques paraissent plus risquées, cette attitude aura donc tendance à faire baisser l’activité économique. Comprendre les mécanismes à l’origine de ce phénomène d'incertitude semble donc indispensable pour établir des politiques destinées à stimuler l'économie.

(4) Pouvez-vous nous relater un fait marquant, actuel ou à venir de votre travail ?

Je viens de finir mon doctorat et de rejoindre la faculté... C'est à la fois un grand changement et un défi passionnant.

(5) Quel livre lisez-vous actuellement ?

En ce moment, je lis Madame Bovary pour améliorer ma connaissance de la littérature française. Toutefois, je dois admettre que je le lis en allemand...

 
Interview flash : semaine 50 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
9 décembre 2013 : Abdelaati DAOUIA

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Diplômé de l'école doctorale de Mathématiques de Toulouse, Abdelaati est Maître de Conférences en mathématiques appliquées à l'UT1C et membre du GREMAQ à TSE. 

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler pour TSE ?

J'ai préparé ma thèse à l'Université Paul Sabatier sur un sujet de Statistique mathématique avec applications à l'économétrie et j'avais quatre collaborateurs au GREMAQ à l'époque. Il était donc naturel de choisir le poste proposé au sein de l'équipe de Statistique du GREMAQ. Bien avant, pour ma venue en France afin d'y préparer le DEA, j'ai choisi Toulouse pour la qualité de vie connue qu'offre cette ville.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Les extrêmes conditionnels, la théorie de la robustesse, les M-quantiles de régression et l'estimation nonparamétrique de fonctions sous multiples contraintes de forme, sont quelques thèmes de recherche dont les intersections m'intéressent. Les applications visées concernent essentiellement l'analyse d'efficacité et de productivité et plus récemment la fiabilité des réacteurs nucléaires. Je m'intéresse également à des questions de positionnement optimal à partir de données geo-référencées, où une modélisation probabiliste permet la mise en œuvre de positions optimales théoriques et empiriques.

(3) Quel impact ces recherches ont-elles sur la société ?

Le fait d’établir un pont entre les modèles de frontière en économétrie et la théorie de valeurs extrêmes en statistique mathématique a permis d'ouvrir de nouvelles perspectives de recherche comme en témoigne la littérature récente sur les aspects théoriques et appliqués. Aussi, le positionnement optimal d'une nouvelle caserne de pompiers dans la région toulousaine peut se réaliser en se basant sur l'historique des sinistres, auxquelles sont associés des caractéristiques, sous les contraintes que le nombre de pompiers et le montant de construction ne dépassent pas certains seuils.  

(4) Pouvez-vous nous relater un fait marquant, actuel ou à venir de votre travail ?

Un fait marquant à venir est une session invitée que j'organiserai au sein de l'IWAP 2014 sur le thème de "Nonparametric boundary regression".

(5) Quel est votre plat préféré ?   

J’adore les lasagnes ! Mais je ne sais pas les faire, je suis plus doué pour les tagines, un plat traditionnel marocain, d’où je suis originaire.  

 
Interview flash : semaine 49 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
2 décembre 2013 : Guillaume PLANTIN

plantin_g.jpg Guillaume est professeur de finance à l’Université Toulouse 1 – Capitole (IAE – CRM) et membre du groupe TSE Finance. Il a récemment été nommé membre du Conseil d’analyse économique, un groupe de 15 économistes qui rencontre régulièrement le Premier ministre français pour conseiller le gouvernement en matière de politique économique. Guillaume Plantin est également titulaire d’une subvention de démarrage qu’il a reçue du prestigieux Conseil européen de la recherche (CER) pour son projet de recherche exploratoire « RIFIFI » : Risk Incentives in Financial Institutions and Financial Instability (Incitations aux risques dans les institutions financières et instabilité financière).

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler pour TSE ?

C’était l’opportunité de travailler dans l’un des meilleurs centres de recherche au monde en théorie appliquée… ce qui est plutôt une bonne raison ! 

(2) Comment-décririez-vous vos recherches au grand public ?

Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre les facteurs qui déterminent la stabilité financière et la stabilité des liquidités, ou, de la même manière, ceux qui déclenchent les crises et l’instabilité financière. Je cherche à développer des cadres théoriques pour modéliser les crises ou les problèmes que l’on observe sur les marchés financiers afin de définir des réglementations ou des moyens de les surpasser. Pour y parvenir, il faut identifier les raisons profondes de l’instabilité. Dernièrement, je me suis plus précisément intéressé aux applications imparfaites, c'est-à-dire au fait que le gouvernement ne peut pas toujours faire ce qu’il aimerait faire. C’est une théorie très établie, particulièrement développée à Toulouse par Messieurs Laffont, Tirole et Martimort, que j’ai appliquée au cas spécifique de l’évasion fiscale des personnes à hauts revenus et à l’arbitrage réglementaire des banques, parce que je pense que ces questions sont des constituantes fondamentales de la stabilité financière.

(3) Quel impact ces recherches ont-elles sur la société ?

Mon domaine de recherche est particulièrement passionnant en ce moment, car la dernière crise financière a soulevé nombre de nouvelles questions. Mon public habituel se compose généralement des banques centrales et des régulateurs. À l’heure actuelle, de nombreuses réglementations sont envisagées, notamment celles sur les obligations en matière de liquidités dans les banques, mais n’ont pas encore étaient testées. Or, c’est précisément au moment où vous foulez des territoires inexplorés que la théorie devient utile. Lorsque qu’il n’y a pas de données existantes ni d’historique sur lesquels s’appuyer, le mieux que vous puissiez faire, c’est effectivement de créer des modèles. Quelques années avant la crise financière, par exemple, j’ai travaillé sur les effets déstabilisants de la comptabilité de marché à marché. Ces travaux ont été mentionnés dans la presse grand public, mais seulement une fois que la crise avait commencé. Cela montre que lorsque vous faites de la recherche, mieux vaut ne pas trop vous focaliser sur l’impact à court terme de votre travail. Si je m’en étais soucié, je n’aurais jamais travaillé sur ce sujet.

(4) Pouvez-vous nous relater un fait marquant, actuel ou à venir de votre travail ?

Jean Tirole et moi-même travaillons actuellement au développement d’un modèle économique pour analyser l’effet des normes comptables sur l’économie. Je suis très intéressé par ce travail. Premièrement parce que c’est passionnant de travailler avec Jean et deuxièmement parce que le système comptable est un élément central du capitalisme et des économies de marché. Étonnamment, les économistes n’ont guère exploré le sujet, le potentiel de ce travail est donc considérable.

(5) Lorsque vous étiez enfant, quel métier rêviez-vous de faire ?

Avant même de vivre aux États-Unis, j’étais fasciné par les grandes villes de ce pays que je découvrais à travers la télévision. Lorsque j’étais enfant, je voulais donc probablement devenir policier ou gangster, à New-York ou à Chicago

 
L'interview de la semaine (48) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
25 novembre 2013 : Sophie MOINAS

Diplômée de HEC Paris, Sophie a rejoint TSE en 2006. Professeur en finance à l'Institut d'Administration des Entreprises (IAE), Sophie est également membre de l'IDEI et du CRM.  

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

 Pour l’environnement de recherche ! Je ne pense pas seulement à la réputation, mais au fait que tout semblait stimulant par l’activité, la vie, qui y régnait. A vrai dire, je crois que la recherche c’est avant tout une histoire de rencontres, et lors de ma visite en fin de thèse, j’ai été tellement bien accueillie que j’ai tout de suite senti que j’aurai plaisir à travailler avec les membres du groupe. Ce qui m’a attirée était également le fait que Toulouse représentait pour moi une alternative au système anglo-saxon, avec son histoire, une approche originale mais avec le même objectif d’excellence. J’aimais bien l’idée de participer à la construction d’un nouveau modèle dans le monde universitaire français ! Par ailleurs, la ville et la vie à Toulouse sont agréables, ce qui n’est pas négligeable, surtout pour la famille.

 (2) Comment décririez-vous vos travaux de recherche au grand public?

 Je m’intéresse à la formation des prix sur les marchés financiers.

Mes travaux de recherche s’inscrivent principalement dans le champ de la microstructure des marchés financiers. Il s’agit alors de comprendre comment l’organisation des échanges par les régulateurs, les mécanismes ou la technologie mis en œuvre par les entreprises de marchés, influencent les coûts de transactions pour les investisseurs, et donc le coût du capital des entreprises. J’ai également travaillé sur la formation des bulles spéculatives.

 D’une manière générale, j’aime combiner plusieurs méthodologies pour répondre aux questions. Nous avons la chance dans mon domaine de disposer de très nombreuses données, les marchés financiers s’étant automatisés à la fin des années 1980, et il est souvent possible de tester la validité d’hypothèses par une approche empirique. Lorsque ce n’est pas le cas, ou que la question nécessite des données plus fines, comme par exemple dans notre travail sur les bulles spéculatives, il est aussi possible de recourir à l’approche expérimentale. Mais il me semble inconcevable d’adopter une approche empirique si on ne sait pas quoi chercher, quoi vérifier, quelles hypothèses tester, et il est souvent nécessaire de commencer par entamer le problème par une approche théorique.

 (3) Quels sont les effets de ces travaux de recherche sur la société ?

 Mes questions de recherche me sont généralement suggérées par l’observation des pratiques dans l’organisation des échanges. Par exemple, les changements effectués par les entreprises de marché ou les régulateurs constituent des événements particulièrement intéressants à étudier, car ils représentent des « expériences naturelles ». On peut donc directement saisir l’effet d’une mesure ou d’une règle sur les comportements des investisseurs et des institutions financières, ou sur le fonctionnement du marché, en comparant avant / après. On obtient donc non seulement une réponse claire à l’impact de l’événement étudié sur le marché, mais surtout une réponse accompagnée d’explications sur les mécanismes économiques mis en œuvre pour aboutir à ce résultat. Alors que « la société » s’intéresse plus à la première partie, c’est cette dernière partie seule qui permet d’identifier les conditions nécessaires pour qu’une mesure puisse avoir l’effet escompté.

Il existe par ailleurs dans notre métier de chercheur un devoir de réflexion sur des domaines peu explorés ou encore incompris, car notre « temps » n’est pas le même que celui de la société. Ainsi, nous avons commencé à travailler sur le trading dit « à haute fréquence » en 2009, avant que ce sujet devienne un sujet, si ce n’est d’inquiétude, du moins de suspicion, pour la société.

 (4) Pouvez-vous nous citer un temps fort, actuel ou à venir, de votre travail ?

 Chaque nouveau résultat est un temps fort ! Le plus intéressant étant d’essayer de comprendre ce que l’on vient de trouver… Le prochain temps fort que mes co-auteurs et moi-même attendons avec impatience sera la fin des traitements informatiques sur la base de données de transactions intra-journalières à haute fréquence. Les ordinateurs tournent sans arrêt depuis plusieurs mois...

(5) Une expérience inoubliable que vous avez vécu soit pendant Vos recherches ou un séminaires/conférence?

C’est assez indescriptible, il s’agit de l’impression – assez rare-- que toutes les petites briques que l’on a construites patiemment, s’imbriquent tout d’un coup parfaitement pour former un tout cohérent qui a du sens…

 
TSE researchers: week 47 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
18 novembre 2013 : Eve LECONTE

Diplômée de l'Ecole Nationale Supérieure des Mines de Saint-Etienne et un doctorat en Mathématiques appliquées spécialité Biostatistique de l'Université Paris XI. Eve est Maître de Conférences en Mathématiques appliqués à l'Université Toulouse 1 Capitole depuis 1996, et membre du GREMAQ à TSE.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE  ? 

En 1996, à l'issue de ma thèse réalisée à Villejuif en banlieue parisienne au sein de l'INSERM, j'ai choisi d'accepter le poste de Maître de Conférences que me proposait l'Université Toulouse 1 Capitole. En effet, les méthodes sur lesquelles j'avais travaillé dans le domaine médical trouvaient également des applications dans le domaine économique. J'ai naturellement été intégrée à l'équipe Statistique du GREMAQ, puis à TSE.  

Il faut avouer aussi que Toulouse est une ville chère à mon coeur et à celui de mon mari : c'est dans cette ville que nous nous sommes rencontrés au cours de nos études en Mathématiques Supérieures au Lycée Pierre de Fermat. Par ailleurs, nous étions ravis de quitter Paris pour la qualité de vie qu'offre la province.

(2) Comment décririez-vous vos travaux de recherche au grand public ?

Je propose de nouvelles méthodes d'analyse statistique pour des données correspondant à des durées (durée de vie, durée de chômage, durée du mariage,...). Le propre de telles durées est de ne pas être complètement connues pour certains individus. En effet, l'événement d'intérêt (le décès, la reprise d'un travail, le divorce,...) peut ne pas survenir durant la période d'observation ou encore l'individu peut être perdu de vue. C'est ce qu'on appelle les "données censurées". Lorsqu'une durée est  censurée à droite, on sait seulement qu'elle est supérieure à une valeur connue (le patient a survécu au moins 5 ans après son opération, l'individu est resté au moins 2 ans au chômage, le mariage a tenu au moins 3 ans,...). Cette censure doit être prise en compte dans la méthodologie, sous peine de créer des biais dans les estimations. 

Dans ce cadre général des durées censurées, je m'intéresse à plusieurs problèmes.  

- Le premier aspect de mon travail se situe dans le cadre de la théorie des sondages. Lorsqu'on fait un sondage, seulement une partie de la population  est interrogée.  Si on dispose d'une information auxiliaire, connue pour tous les individus de la population et liée à la durée d'intérêt, on peut alors reconstruire l'information manquante pour les individus non interrogés, ce qui permet d'améliorer les indicateurs fournis. 

-  Le deuxième aspect concerne le cas des risques concurrents, cas qui se produit lorsqu'un individu est à risque de plusieurs types d'événements mutuellement exclusifs (plusieurs causes de décès, être embauché en CDD ou en CDI, divorce ou veuvage,...).  

- Enfin, le troisième pan de mes recherches est consacré à la sélection de variables : comment faire, quand on a à notre disposition beaucoup de variables potentiellement explicatives de la durée à laquelle on s'intéresse, pour déterminer lesquelles de ces variables sont véritablement significatives ?

(3) Quels sont les effets de ces travaux de recherche sur la société ?

Mes travaux avec Sandrine Casanova sur les sondages ont permis entre autres d'estimer la  distribution des durées de chômage par département en Midi-Pyrénées, estimation qui peut être utile pour adapter les politiques de l'emploi. 

Mes travaux sur les risques concurrents s'appliquent actuellement en cancérologie, en collaboration avec un chercheur de l'Institut Claudius Régaud, le centre de lutte contre le cancer de Toulouse.

Lorsqu'un patient a été traité pour un cancer, il entre en phase de surveillance post-thérapeutique et est à risque de plusieurs types de récidives. Jusqu'à présent, la durée et le rythme de suivi des patients étaient basés sur un calendrier standardisé, différent selon les pays. De plus en plus, on cherche à individualiser le suivi des patients pour tenir compte de leurs caractéristiques propres. Le 
but est de détecter les récidives le plus tôt possible, à un stade encore asymptomatique où le traitement aura le plus de chances d'être efficace. Le gain d'un suivi individualisé est un gain d'efficacité, qui a des répercussions aussi bien sur la santé des individus que sur le plan économique, en évitant des visites inutiles.  Notre étudiant en thèse a proposé un calendrier de suivi optimisé.  L'idéal serait de monter un essai clinique pour comparer en situation réelle son efficacité à celle du calendrier standard.

Quant à la sélection de variables, elle trouve elle aussi son application en cancérologie : avec le  séquençage du génome, une information génétique colossale est à disposition des cliniciens. Quels gènes ou quelle association de gènes sont le plus à même d'être prédictifs de la durée de survie d'individus atteints d'un cancer ? Une bonne prédiction de cette durée permet de mieux adapter le traitement au patient.

(4) Pouvez-vous nous citer un temps fort, actuel ou à venir, de votre travail ?

Dans le cadre de la sélection de variables, avec deux autres équipes, une équipe de biostatistique et une équipe d'oncologie moléculaire de l'Institut Paoli-Calmettes de Marseille, nous avons répondu à un appel à projets de l'Institut de Recherche en Santé Publique pour le "Soutien à la recherche mathématique et statistique appliquée à la cancérologie". Notre projet, intitulé "A novel algorithm for predicting survival data with application to personalized treatment decisions", a été retenu.  La réunion de lancement du projet, qui a réuni pour la première fois les trois équipes, a eu lieu à Toulouse mardi 12 et mercredi 13 novembre.   

(5) Dans quel pays adoreriez-vous passer vos vacances ? 

1.     Je suis une passionnée de baignades, en particulier sur les plages océaniques.  Pour l'instant, la palme de la plus belle plage où je me suis baignée revient à la plage d'Ixtapa, sur la côte pacifique du Mexique, avec son eau à 34 degrés, ses belles vagues et ses palmiers. Mais la région du monde où je rêve de me baigner est sans conteste la Polynésie, avec ses îles aux noms évocateurs : Tahiti, Moorea, Huahine, Tuamotu, Bora Bora,...

 
TSE researchers: week 46 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
11 novembre 2013 : Sébastien POUGET



Diplômé de l'université de Toulouse avec un doctorat en économie, Sébastien POUGET   est Membre IDEI. Il est professor de finance à l'IAE et TSE.







(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE  ? 

Je suis né à Toulouse, et ai fait mes études à l'Université de Toulouse. J'ai ensuite beaucoup voyagé : j'ai passé un an et demi à Naples, en Italie, pendant mon doctorat, j'ai travaillé à Atlanta, aux États-Unis, à l'Université de l'État de Géorgie, en tant que professeur de finance pendant trois ans, et récemment, j'ai été professeur d'économie invité au Bendheim Center for Finance, de l'Université de Princeton, durant l'année universitaire 2010-2011. Cependant, avoir « chez soi » une école d'économie aussi formidable que TSE est un réel plaisir, et j'aime la vie intellectuelle fantastique que cette école apporte à la ville.

(2) Comment décririez-vous vos travaux de recherche au grand public?

Mes recherches visent à comprendre les marchés financiers en utilisant différents points de vue complémentaires, en prenant appui sur des enseignements issus de la théorie économique mais aussi de l'histoire et de la psychologie, par exemple. L'idée est de comprendre quelles peuvent être les bonnes propriétés des marchés financiers, en matière de répartition des risques, de financement des activités économiques, etc., et quelles sont les institutions qui pourraient le mieux promouvoir ces bonnes propriétés. Cependant, je souhaite également comprendre les frictions qui peuvent gêner  le bon fonctionnement des marchés financiers, et qui peuvent être liées à l’information asymétrique, l’aléa moral ou à des aspects psychologiques.

Récemment, par exemple, j'ai travaillé sur les bulles spéculatives avec Sophie Moinas . Nous avons créé un nouveau cadre expérimental que nous avons appelé le « Bubble Game », qui permet d'étudier la propension des individus à spéculer. Nous avons utilisé la théorie des jeux comportementale pour tenter d'expliquer pourquoi les investisseurs participent aux bulles spéculatives.

Je suis également co-directeur de la « Chaire Finance Durable et Investissement Responsable  » (FDIR), un centre de recherche en partenariat avec l'École polytechnique de Paris. Cette chaire FDIR est financée par une douzaine de gestionnaires d’actifs et d'investisseurs institutionnels. Ce centre étudie le comportement des investisseurs « responsables » qui tiennent compte non seulement des informations financières mais aussi des facteurs extra-financiers liés à des externalités environnementales ou sociales. Il s'agit, par conséquent, d'une autre façon de voir comment les marchés financiers peuvent aider à promouvoir le développement durable.


(3) Quels sont les effets de ces travaux de recherche sur la société ? 

Mes recherches tentent d'identifier ou de concevoir des organisations de marché ou des institutions financières qui sont bénéfiques pour la société. Je travaille actuellement, avec 
Christian Gollier , sur un modèle de marché financier avec des investisseurs responsables. Nous décrivons une stratégie d'investissement qui peut générer du profit pour l'investisseur et, dans le même temps, améliorer le comportement des entreprises. Nous l'avons baptisée la stratégie de la « machine à laver ». L'idée est d'investir dans des sociétés « sales », à bas prix car certains investisseurs responsables excluent ces sociétés de leur portefeuille, et d'en faire des sociétés « propres » afin de les revendre à de meilleurs prix. Nous indiquons les conditions à respecter pour que cette stratégie puisse être appliquée correctement par les investisseurs : ils doivent avoir une vision à long terme et une préférence crédible pour les sociétés « propres ». Nous espérons, ainsi, inciter certains investisseurs à adopter ce type de stratégies pour essayer de changer le comportement des entreprises lorsque cela est nécessaire. Ceci n'est pas totalement utopique car, comme le prouvent des études empiriques récentes, certains investisseurs appliquent déjà des stratégies dans l'esprit de la « machine à laver ».

(4) Pouvez-vous nous citer un temps fort, actuel ou à venir, de votre travail?

Les « Principes pour l'investissement responsable » et la « Caisse des Dépôts et Consignations » organisent conjointement une conférence  sur la finance durable qui se tiendra à Paris du 13 au 15 novembre. La chaire FDIR a collaboré à l'organisation académique ; nous avons donc sélectionné certains des articles qui seront présentés. De plus, la Chaire a invité Jean Tirole à prononcer un discours en séance plénière sur son article « Bonus Culture: Competitive Pay, Screening, and Multitasking ». Le discours sera suivi d'une table ronde sur le thème : « Rémunérations et Responsabilité sociale des entreprises : Des incitations pour la gestion des risques à long terme ? ».


(5)  Avez-vous une passion, en dehors de la recherche, que vous aimeriez partager ? 

J'aime pratiquer le Tai Chi, un art martial interne qui vise à atteindre le mouvement continu. C'est à la fois un exercice physique et une forme de méditation. Cet art martial revêt aussi pour moi une dimension intellectuelle intéressante car il me rappelle une caractéristique rencontrée dans les modèles économiques et financiers dynamiques, à savoir le temps continu... J'entends toujours mes collègues mathématiciens parler des difficultés à passer du temps discret au temps continu. Même si je ne développe pas ces modèles dans mes recherches, j'essaie de converger vers le temps continu pendant mes loisirs, et ce n'est pas simple non plus ; )


 
TSE researchers: week 45 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
4 novembre 2013 : Jean-Marie LOZACHMEUR



Diplômé de l'université de Liège avec un doctorat en économie, Jean-Marie LOZACHMEUR  est Directeur du GREMAQ à TSE.







(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE  ? 

J’ai choisi de venir à Toulouse en 2003 pour venir travailler avec Helmuth Cremer. J’ai commencé avec un contrat Post-Doc et puis j’ai eu le concours du CNRS en 2005 et choisi de rester à TSE. Avant d’arriver à Toulouse en 2003 je ne connaissais pas encore la grandeur de TSE… Après je suis resté parce que l’environnement est excellent. Il n’y a pas que l’environnement intellectuel, les gens sont très sympas et tout le monde s’entend bien ici. Un plus : la ville de Toulouse est agréable à vivre.

(2) Comment décririez-vous vos travaux de recherche au grand public?

Je m’intéresse à des questions de finance publique au sens large. En particulier mes travaux portent sur la redistribution et la taxation des revenus et plus récemment sur des questions liées à l’assurance santé. C’est de la théorie appliquée. Par exemple quels outils utiliser dans l’assurance santé pour rembourser les médicaments conjointement à des problèmes de régulations des prix etc…

(3) Quels sont les effets de ces travaux de recherche sur la société ?

1.     Les effets de ces travaux sont assez directs ! Concernant mes travaux sur les finances publiques, c’est le système fiscal en général qui est en question. Cela peut donc conseiller le gouvernement, les décideurs publics et autres…

Pareil pour l’économie de la santé, cela peut impacter la façon dont on va rembourser par exemples les médicaments ou les soins de manière général. Ces travaux peuvent intéresser les autorités de régulations comme les assureurs privés.


(4)
Pouvez-vous nous citer un temps fort, actuel ou à venir, de votre travail?

Je vais bientôt présenter un papier (Optimal Differential Taxation with Occupational Choice: The Redistributive Role of Production Inefficiencies) à Munich. Il s’agit d’un travail que je fais avec Renato Gomes. La question que l’on se pose dans ce travail c’est de savoir si un système de taxation des revenus et des biens doit ou non encourager des travailleurs à occuper un secteur où leur productivité est plus faible. C’est donc un travail qui s’intéresse au principe d’efficacité productive. La question fondamentale est donc : est-ce que l’efficacité productive doit être la règle quand on a système de redistribution des revenus ? Et en particulier est-ce qu’on devrait plutôt subventionner des secteurs par rapport à d’autres soit directement au moyen de la taxation des revenus soit indirectement via des taxations spécifiques sur les biens produits par ces secteurs. 

C’est excitant parce que cette conférence annuelle est organisée par  le «Norwegian Center for Taxation at NHH» basé à Oslo, Norvège. C’est essentiellement pour les scandinaves et les allemands mais cette année on est invité en tant qu’extérieur. 


(5)  Si vous avez le choix de recommencer votre vie, vous choisireriez quel pays et pourquoi ? 

1.     Je suis un fan de musique : J’aime autant le death metal que le jazz contemporain voir les deux en même temps. Et enfin j’ai une passion pour les ornithorynques… 



 
TSE researchers: week 44 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
28 octobre 2013 :  Guillaume CHEIKBOSSIAN



Diplômé de l’EHESS avec un doctorat en économie, Guillaume CHEIKBOSSIAN  est chercheur à TSE.








(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE  ? 

J’ai été reçu à l’agrégation en 2000 et j’avais alors choisi l’université Perpignan comme affectation. J’avais alors en même temps rencontré Jean-Jacques Laffont à Toulouse dans la perspective d’un rattachement au GREMAQ. C’était déjà à cette époque un centre de recherche mondialement reconnu et extrêmement dynamique et je n’ai pas hésité lorsque j’ai eu l’opportunité de rejoindre cette équipe de recherche. Il était difficile d’imaginer que ce centre allait encore se développer considérablement sur tous les plans pour devenir TSE telle qu’elle existe aujourd’hui.


(2) Comment décririez-vous vos travaux de recherche au grand public?

Mon travail de recherche s’inscrit dans le champ de la nouvelle économie politique (NEP). Le point de départ est de considérer que les politiques économiques sont décidées et appliquées non pas par un planificateur social bienveillant qui maximiserait le bien-être de l’agent représentatif, mais par des décideurs politiques, lesquels ont des incitations qui leurs sont propres (telle que celle d’être réélu). Un grand nombre de mes travaux utilisent cette approche avec comme application des problématiques en économie publique et en économie internationale. En effet, l’un des principaux enjeux de mes travaux consiste à étudier en quoi le jeu politique interne (entre par exemple le gouvernement et les groupes de pression) affecte le jeu entre gouvernements (nationaux ou régionaux) – notamment en matière de politique budgétaire et fiscale – et  inversement. Je travaille aussi sur l’impact de la concurrence entre groupes – pour faire valoir une certaine politique ou obtenir une rente – sur la coordination et la coopération intra-groupe. 


(3) Quels sont les effets de ces travaux de recherche sur la société ?

Ce que nous avions l’habitude d’appeler l’économie ou la science économique était appelée par les pères fondateurs de la discipline comme Smith et Ricardo « Economie Politique » avec comme problématique principale : comment le politique affecte l’économique ? La nouvelle économie politique, qui s’est considérablement développée depuis deux ou trois décennies, permet ainsi de revenir aux sources et surtout permet de mieux comprendre quelles sont les contraintes politiques à l’œuvre dans toute décision de politique économique. En particulier, dans le contexte des démocraties modernes, il s’agit de mieux comprendre comment des groupes d’intérêts organisés d’un côté et l’opinion publique (ou l’électeur médian) de l’autre affectent les décisions publiques. In fine, cela doit permettre de faire des propositions de réformes institutionnelles pour que les prises de décisions et les décisions elles-mêmes soient plus démocratiques. Par exemple, un sujet d’actualité et que les économistes ont investi depuis déjà quelque temps est de savoir plus précisément quels sont les avantages et les défauts d’un cumul de mandats électifs (dans le cas en particulier d’un mandat national et d’un mandat local exercés par la même personne). 

 


(4)
Pouvez-vous nous citer un temps fort, actuel ou à venir, de votre travail?

Des temps forts dans mon travail, il y en a eu plusieurs et j’espère qu’il y en aura beaucoup d’autres. Pour donner un exemple je me souviens avoir participé à une conférence de European Science Foundation sur le thème « identité et territoires » qui rassemblait une trentaine d’ethnologues, d’anthropologues et sociologues. J’étais le seul économiste et je prévoyais de présenter un argument précis d’économie publique locale (dans un contexte où les citoyens ont des préférences ou des objectifs divergents) sur la base d’un « petit modèle ». Je m’attendais à une levée de boucliers plus ou moins violente en réaction à la formalisation. Au contraire, c’était l’une de mes présentation où j’ai eu le plus de réactions, et de plus beaucoup sont venus me voir à la fin de la présentation en me disant en substance que la forme de ma présentation était très inhabituelle mais que c’était intéressant et qu’on fond on parlait de la même chose. Ceci me conforte dans l’idée que l’économie est avant tout une science sociale qui n’est pas aussi différente dans ses objectifs et son approche des autres autre sciences sociales comme on pourrait (ou voudrait) le croire. 


(5)  Si vous avez le choix de recommencer votre vie, vous choisireriez quel pays et pourquoi ? 

Si j’avais le choix de recommencer ma vie, je choisirai comme pays…la Savoie. C’est vrai qu’aujourd’hui c’est un territoire français mais comme Lyonnais j’ai bien ressenti que c’était en fait un « pays ». Pourquoi ? Pour être Skieur. 



 
TSE researchers: week 43 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
21 octobre 2013 :  Yassine LEFOUILI



Diplômé de l'école d'économie de Paris, Yassine LEFOUILI  est actuellement Maître de Conférence au sein de TSE.








(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE  ? 

D’une certaine manière, mes liens avec TSE datent de bien avant que je ne rejoigne le département. Certains de mes collègues d’aujourd’hui étaient mes professeurs à Paris. D’autres ont siégé dans mon jury de thèse. Enfin, les travaux de recherche que j’ai réalisés en tant que doctorant reposaient en partie sur les articles pionniers de plusieurs membres du groupe d’économie industrielle de Toulouse. Tout cela a fait que, lorsqu’on m’a proposé en 2010 un poste de maître de conférences à TSE, j’étais déjà pleinement convaincu qu’il s’agissait d’un département où je pouvais m’épanouir sur le plan scientifique.

(2) Comment décririez-vous vos travaux de recherche au grand public?

Mes travaux de recherche portent essentiellement sur les effets économiques des politiques de l’innovation et de la concurrence ainsi que ceux de la politique énergétique. Je me suis, par exemple, intéressé à l’effet de l’attribution de brevets dont la validité est incertaine sur la diffusion des innovations. Je me suis également penché sur les effets des programmes de clémence auxquels ont recours un grand nombre d’autorités de la concurrence dans leur lutte contre les cartels. Enfin, plus récemment, j’ai travaillé avec Claude Crampes, sur la façon dont le niveau des tarifs de rachat payés aux producteurs d’électricité photovoltaïques affecte la structure du marché des équipements photovoltaïques.


(3) Quels sont les effets de ces travaux de recherche sur la société ?

Mes travaux ont pour but d’éclairer le débat public en identifiant les effets potentiels, aussi bien souhaitables qu’indésirables, d’une politique publique donnée. Prenons un exemple concret.  Aujourd’hui, les autorités de la concurrence américaines et européennes exemptent de tout contrôle les accords de licences entre deux concurrents dès lors que la part de marché collective de ces derniers ne dépasse pas 20%. Mes travaux récents avec Doh-Shin Jeon sur les effets concurrentiels des licences croisées mettent en évidence les effets néfastes potentiels d’une telle exemption sur les consommateurs.

(4) Pouvez-vous nous citer un temps fort, actuel ou à venir, de votre travail?

Je participe les 5 et 6 décembre à une table ronde sur les “guerres de brevets” au Competition Summit 2013 à Bruxelles. La majorité des participants à cette conférence sont des avocats et des juristes d’entreprise. Je me réjouis d’avance de pouvoir échanger sur un sujet d’actualité complexe avec des praticiens qui adopteront sans doute un angle d’analyse différent du mien.


(5)  Mis apart anglais et le français, est-ce qu'il y a une langue que vous souhaiteriez apprendre?

J’ai une connaissance rudimentaire de l’espagnol mais j’aimerais bien pouvoir un jour parler couramment cette langue. 


 
TSE researchers: week 42 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
14 octobre 2013 : Marie-Françoise CALMETTE




Ex Directrice de l'école TSE (2011-2012), Officier des Palmes académiques et Chevalier dans l’Ordre National du Mérite, Marie-Françoise CALMETTE est actuellement chercheur TSE-ARQADE




(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE  ? 

Vous savez sans doute que TSE est l’aboutissement d’un long parcours qui a commencé il y a maintenant plus de 30 ans. C’est en effet à cette époque  que Jean-Jacques Laffont décidait de revenir dans sa ville natale, Toulouse, après avoir fini son doctorat à Harvard et travaillé quelques années à Paris. Ne se résignant pas au retard de l’université française en économie, il a entamé la construction de ce qui est devenu un des  meilleurs centres de recherche en économie d’Europe. Au côté de Jean-Jacques, il y avait une petite équipe d’économistes de l’Université Toulouse1 Capitole, spécialisés essentiellement en économie théorique et en organisation industrielle, dont Michel Moreaux, Claude Crampes, Bernard Belloc, André Grimaud, Jacques Le Pottier, Jean Fraysse et moi-même. Cette équipe, très vite rejointe par Jean Tirole, était initialement regroupée au sein de l’Institut d’Economie Industrielle (IDEI). Je n’ai donc pas « choisi » de travailler à TSE : j’étais au départ de son histoire et, sans doute comme les collègues que j’ai cités, j’en ai toujours ressenti un peu de fierté, même si ma contribution a été bien modeste. J’ai bien sûr été ravie de rester dans cette équipe aujourd’hui diversifiée, enrichie de plus de 120 enseignants- chercheurs réunis sous la dénomination TSE et je suis avec admiration son évolution jalonnée de reconnaissances nationales et internationales (label de RTRA , LABEX, différents prix prestigieux).


(2) Comment décririez-vous vos travaux de recherche au grand public?

Mes travaux s ‘inscrivent dans le cadre théorique de ce qu’on appelle traditionnellement l’Economie Internationale. Plus précisément, il y a encore quarante ans les flux du commerce international étaient expliqués par les caractéristiques des pays, leurs « avantages comparatifs ». Ceci est encore vrai pour quelques rares exemples (un pays dispose, ou pas, de ressources naturelles, de gaz etc et donc les exporte, ou les importe). Mais depuis le dernier tiers du 20ème siècle les échanges sont essentiellement le fait de firmes dont la localisation est libre et le commerce des biens est le résultat combiné de la stratégie des firmes et des gouvernements. Une partie de mes recherches vise à comprendre les conséquences de ces stratégies et mes travaux utilisent donc à la fois les concepts de l’économie internationale et de l’économie industrielle. Par exemple les stratégies environnementales des gouvernements ont des effets sur la compétitivité des entreprises qui peuvent répondre en délocalisant. Autre exemple : davantage de libre échange signifie davantage de concurrence mais les entreprises peuvent alors adopter des stratégies de fusions (nationales ou internationales) pour tenter de maintenir leur pouvoir de marché. Etant dans un laboratoire de recherche dédié au développement, je travaille aussi sur ce thème : je m’intéresse particulièrement au rôle des infrastructures dans les pays émergeants.

(3) Quels sont les effets de ces travaux de recherche sur la société ?

La société se pose beaucoup de questions sur les effets de la mondialisation et ces travaux peuvent aider à donner des réponses. Ils peuvent par exemple éclairer les débats sur l’instauration d’une TVA sociale ou d’une taxe carbone et leurs effets sur la compétitivité des entreprises nationales et donc les flux commerciaux internationaux. Ils aident également à analyser et comprendre les déterminants des localisations des entreprises exportatrices et donc les effets incitatifs des politiques publiques dans ce domaine. Ils peuvent enfin donner un éclairage théorique aux autorités de la concurrence sur le comportement anti- concurrentiel ou prédateur de certaines entreprises.

(4) Pouvez-vous nous citer un temps fort, actuel ou à venir, de votre travail?

Depuis 2009 et jusqu’à l’année dernière j’ai été très occupée par la fondation de l’Ecole d’économie de Toulouse, son ouverture et sa direction en 2011-2012. J’ai également été cette année là porteur et responsable du projet FREDD qui a été labellisé IDEFI par le jury des investissements d’avenir. Ce fut très exaltant et je pense que comme Christian Gollier, Jacques Cremer et Joel Echevarria qui m’ont aidée à défendre FREDD devant le grand jury,  je ne suis pas prête d’oublier ce court moment excitant de ma carrière. Depuis un an je me suis remise avec bonheur pleinement à la recherche. Je travaille actuellement, avec deux autres chercheurs de TSE, sur un modèle de commerce international de biens différenciés par la qualité. La question posée est comment peut-on expliquer la capture de tout un marché comprenant des consommateurs prêts à payer pour un haut niveau de qualité par des firmes n’offrant que des produits de basse qualité ?. Cette éviction d’un marché de la firme produisant la haute qualité (et donc de ses consommateurs qui finalement se retournent vers la basse qualité) n’est pas un résultat traditionnel en économie industrielle où on considère la plupart du temps qu’une nouvelle firme entrant sur un marché n’aura jamais intérêt à évincer du marché la firme déjà en place. Une première version de ce papier doit être présentée par un co-auteur  au North American Regional Science Congress  (NARSC) à Atlanta en novembre et je suis très impatiente d’avoir des premiers retours sur ce travail.

(5)  Qu’est-ce que vous appréciez le plus à la ville rose ?

Je gare ma voiture tous les jours dans le parking de l’Arsenal puis je me rends à pieds à la Manufacture des tabacs en longeant la Garonne. Je ne me lasse pas du spectacle de ce fleuve somptueux et m’émerveille tous les jours de la vue sur l’Hotel-Dieu et la chaussée du Bazacle. Selon l’heure, le temps ensoleillé ou non, le débit de la Garonne ( elle est tellement belle quand elle est furieuse), les couleurs et les impressions sont différentes mais me donnent toujours du tonus pour la journée.


 
TSE researchers: week 41 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
7 octobre 2013 : Sumudu KANKANAMGE



Diplômé de l'école d'économie de Paris, Sumudu KANKANAMGE  est actuellement professeur assistant à TSE (UT1) - GREMAQ.





(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE  ?

Pendant mes années de thèse, j’ai pu me rendre compte de la qualité de la recherche en économie à Toulouse, et du fait qu’il s’agissait d’un des tout meilleurs endroits pour un économiste en Europe. Je ne pouvais tout simplement pas refuser lorsqu’un poste à TSE m’a été proposé plus tard. De plus, j’aime tout ce que la ville de Toulouse a à offrir par ailleurs.

(2) Comment décririez-vous vos travaux de recherche au grand public?

Mon champ de recherche principal est la Macroéconomie et je m’intéresse particulièrement aux politiques économiques dans les modèles à marchés incomplets avec des agents hétérogènes. Dans ce cadre, je travaille sur les politiques fiscales et la dette publique, ainsi que sur des problématiques sur le marché du travail comme l’assurance chômage. Une partie de mon travail nécessite des méthodes quantitatives, je consacre donc également du temps aux outils et techniques de ce domaine.

(3) Quels sont les effets de ces travaux de recherche sur la société ?

Les politiques redistributives et leurs implications sont des éléments importants de ma recherche. J’ai eu par exemple l’occasion de travailler sur ces implications dans un contexte de dette publique et de risque agrégé. Il s’agit d’une petite contribution au sein d’un programme de plusieurs années entamé par les chercheurs en Macroéconomie pour placer le ménage individuel au centre du modèle. Un certains nombre de modèles utilisés dans les institutions d’analyse et de prévision Macroéconomique ne sont pas au fait de ces contributions. Il est donc intéressant de travailler dans cette direction.

(4) Pouvez-vous nous citer un temps fort, actuel ou à venir, de votre travail?

Je termine actuellement un article sur la cohérence temporelle des politiques d’assurance chômage. Avec mon co-auteur, Thomas Weitzenblum , nous montrons qu’il peut être optimal pour l’économie d’implémenter un ratio de remplacement largement positif, du fait de l’interaction entre des gouvernements successifs et des gains et coûts de long et court terme qui apparaissent.

(5)  Quel est votre endroit préféré à Toulouse ?

Je vais mettre en avant une thématique au lieu d’un endroit précis, puisque ma réponse serait : « un restaurant à Toulouse ». J’aime le fait qu’on puisse presque toujours s’asseoir au hasard dans un restaurant toulousain et en tirer une expérience culinaire agréable. Je n’arrive pas à reproduire cette expérience dans d’autres villes. Il est possible que le magret de canard local et le foie gras à volonté y soient pour beaucoup.    


 
TSE researchers: week 40 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
30 septembre 2013 : Sylvain Chabé-Ferret




Diplômé d’AgroParisTech, Sylvain Chabé-Ferret  est titulaire d'un doctorat en économie de l'Université d'Auvergne. Il a passé une année post-doctoral en visite à la Fondation Cowles et au Département d'Economie de l'Université Yale. Il a également travaillé à Irstea, un Institut de recherche axé sur les politiques environnementales, avant de rejoindre TSE.  





(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE  ?

Je suis né et j'ai grandi à Toulouse, j'ai même étudié ici au lycée, ma famille vit toujours à proximité de Toulouse, mais cela n'a joué qu'un rôle très marginal dans ma décision de venir à TSE. C'était même plutôt un inconvénient. Mon épouse est originaire de Paris. En habitant à Clermont-Ferrand, nous vivions à égale distance de nos familles respectives. Aujourd’hui, la situation est beaucoup plus déséquilibrée. Ma femme a compris mon envie de venir ici, et je l’en remercie. 

La raison principale pour laquelle je suis venu ici c'est parce c'est un endroit très excitant pour faire de la recherche en économie. C'est un endroit très stimulant. Dans mon domaine, l'économétrie, les collègues sont extrêmement forts. Nous avons un grand nombre de visiteurs et de séminaires. Je peux recevoir des retours de qualité sur ce que je fais, je suis encouragé à viser l’excellence. C’est essentiel pour moi en tant que jeune chercheur.
Plus largement, la diversité intellectuelle ici est incroyable: il y a beaucoup de groupes différents et extrêmement forts. Cela me permet de nourrir mes intérêts en économie de l'environnement, en économie du développement, en économie comportementale... Avec le IAST, nous avons aussi accès à de la recherche de pointe en biologie, en sciences politiques, en psychologie. Il y a plein d’activités diverses et intéressantes qui se passent ici. Il n'y a pas beaucoup d'endroits dans le monde comme TSE.

Enfin, une raison peut-être encore plus profonde pour moi de venir à TSE est que je suis profondément convaincu par ce que j’appelle le « projet Laffont », cette idée de créer une institution autonome de recherche et d’enseignement de pointe au sein du système universitaire français. Je pense que ce que Jean-Jacques et ses continuateurs ont accompli est extraordinaire, et je pense qu’il y a encore beaucoup à faire. Je suis très heureux et fier de pouvoir faire partie de ce projet. 


(2) Comment décririez-vous vos travaux de recherche au grand public?

Mon travail s'inscrit dans le domaine de l'analyse des effets de traitement. Il s'agit essentiellement d'une panoplie de méthodes qui peuvent être utilisées pour déduire des relations de causalité à partir de données empiriques. Parvenir à faire une inférence causale crédible est très difficile, en particulier dans les sciences sociales. Nous faisons face à des personnes conscientes qui prennent des décisions dans leur meilleur intérêt. En conséquence, nous nous retrouvons avec des données empiriques où il est très difficile d'identifier l'effet des traitements. Prenons l'exemple d'un traitement médical: les patients qui se sentent malades auront tendance à aller chez le médecin, et celui-ci donnera le traitement à ceux qui lui paraissent les plus malades.  Si on observe après coup que la santé des patients ayant étés traités par le médecin empire, est-ce parce qu'ils étaient plus malades initialement, ou parce que le traitement a dégradé leur état de santé. Comment peut-on déduire de ces données l’amélioration que le traitement leur a apporté? C'est l'intuition très simple mais profonde que la corrélation n'implique pas la causalité.

Dans mon domaine, nous partons de cette idée, et nous essayons de construire des méthodes qui séparent la corrélation fallacieuse du véritable effet causal. Une façon de le faire est de mettre en place un essai randomisé. Mais cela ne marche pas forcément à tous les coups, car les gens peuvent réagir à la randomisation. C'est pourquoi les médecins donnent un placebo à leur groupe de contrôle, par exemple. En outre, on ne peut pas toujours randomiser, pour des raisons éthiques ou politiques, ou parce que c'est trop tard, le traitement a déjà été mis en œuvre. Dans ce cas, il faut quand même pouvoir essayer de mesurer l’effet du traitement mis en place. C’est l'objectif de mon travail.

J'essaie de rendre plus précis les fondements comportementaux à l’origine de la corrélation fallacieuse entre  traitement et résultats. Cela permet de mieux comprendre les propriétés des estimateurs existants ou d’en proposer de nouveaux. Je travaille particulièrement sur la façon d'utiliser l'information sur les caractéristiques observées avant le traitement: on sait qu'elles contiennent des informations sur les facteurs qui génèrent la corrélation fallacieuse, mais on ne connait pas encore la meilleure façon d'extraire ces informations. 


(3) Quels sont les effets de ces travaux de recherche sur la société ?

Ce qui est formidable avec mon domaine, c'est qu'il n'est pas difficile de répondre à cette question. Tout peut être considéré comme un traitement! Les politiques publiques sont un bon exemple. Si vous êtes un décideur à la recherche d’information sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, il est fort probable que la plupart des informations que vous allez trouver s'appuient sur ces méthodes. Meilleure est la méthode, meilleures sont les décisions politiques.

En économie, ces méthodes ont été traditionnellement, utilisées pour étudier les politiques du travail, les politiques éducatives, comme l'effet de l’éducation sur les revenus, mais aussi les effets de la taille des classes, de la qualité des enseignants et de la composition de la classe et la réussite des étudiants.
Mais parce que ces méthodes constituent un moyen très utile de réfléchir à la causalité, en particulier dans les sciences sociales, elles sont maintenant largement appliquées dans tous les domaines de l'économie, et en dehors de l'économie. Plusieurs articles récents utilisent également ces méthodes pour examiner l'effet des politiques monétaires et fiscales, un sujet très important et très débattu aujourd'hui.

Mais la pertinence de ces méthodes ne se limite pas aux politiques publiques. Un grand nombre de décisions au sein des entreprises (managériales, tarifaires, entrée dans un marché, comment se financer) peuvent être considérées comme des traitements. On observe de plus en plus d’applications de ces méthodes dans ces domaines. Ces méthodes sont aussi utilisées en biologie, sciences médicales, sciences politiques, psychologie…

Dans ma propre recherche appliquée, j'ai surtout mis l'accent sur les questions environnementales. A Irstea, j'ai mesuré l'effet des paiements agro-environnementaux sur le comportement des agriculteurs. Le but de ces paiements est d'inciter les agriculteurs à adopter des pratiques plus écologiques. Mais parce que les paiements ne sont donnés qu’aux agriculteurs volontaires, il y a de grandes chances  que la corrélation entre les pratiques observées et l’obtention d’un paiement soit fallacieuse. En effet, les agriculteurs aux pratiques initialement les plus écologiques seront plus nombreux à demander et obtenir la subvention: c'est moins coûteux pour eux, car ils se conforment déjà aux exigences. Dans ce cas, la corrélation observée exagère l'effet causal réel. C’est un cas typique de sélection adverse: les subventions vont à des agriculteurs dont elles n’affectent pas le comportement. Ces agriculteurs bénéficient d’un effet d'aubaine, mais, du point de vue du décideur, c'est un gaspillage d'argent. Nous avons mesuré en pratique des effets d'aubaine importants, au point que certains paiements ne semblent pas être efficaces: le gain qu'ils ont apporté à la société était beaucoup plus faible que le coût de la politique. 
Pour terminer sur une note positive, nous avons aussi trouvé que certaines politiques, comme par exemple subventionner la conversion à l'agriculture biologique, ont été extrêmement rentables socialement.


(4) Pouvez-vous nous citer un temps fort, actuel ou à venir, de votre travail?

Je suis très heureux de présenter une version entièrement remaniée de mon premier papier véritablement méthodologique lors de la conférence française d’économétrie qui se tiendra ici à TSE, les 14 et 15 Novembre.


(5)  A votre avis, est-ce que les réseaux sociaux comme Twitter ont parvenus aux chercheurs en France et changé leur mode d'expression ?

Vous m’avez vu sur Twitter, hein! (@sylvainCF) J'essaie de ne pas passer trop de temps sur Twitter, mais j'aime vraiment cette plateforme. Elle permet d’avoir les informations de manière très synthétique. J'aime aussi partager ce que je trouve intéressant avec des amis et collègues.
Aujourd’hui il existe une petite communauté d’économistes français sur twitter, et certains d'entre eux, comme Alexandre Delaigue (@adelaigue) et Philippe Waechter (@Philwaechter) sont extrêmement actifs. Twitter est essentiellement utilisé pour orienter vers les contenus longs, comme des posts de blog ou des articles plus traditionnels.

Dans l'ensemble, que ce soit en France ou à l'étranger, la blogosphère en économie oscille principalement entre la présentation des résultats de recherche à un public plus large et la  discussion de sujets politiques "à chaud". La synthèse parfaite de ces deux approches pourrait être le blog Voxeu.

J'ai le sentiment que nous ne faisons que gratter la surface de ce que les blogs et Twitter  ont à offrir pour la diffusion des résultats de recherche. Je pense que même la recherche qui ne semble pas immédiatement pertinente pour des décisions publiques devrait être diffusée via des postes de blog. Cela permettrait de rendre notre travail plus accessible et concret pour le  grand public. Et pour les chercheurs qui ne connaissent pas le sujet, cela donnerait un aperçu utile de ce que le domaine tente de réaliser. Les posts de blog, parce qu’ils visent un public très large, sont généralement extrêmement clairs sur les objectifs de la recherche. Cela fait parfois défaut dans les articles scientifiques, parce que nous supposons que les lecteurs de nos articles connaissent déjà le sujet. Et même pour les chercheurs qui connaissent le sujet, les documents publiés peuvent paraître un peu secs et requièrent parfois beaucoup d'investissement pour comprendre le document en profondeur. Les preuves mathématiques, par exemple, sont le résultat d’un long processus d’essai et d'erreur. L'intuition qui était au départ du papier est parfois perdue parce que la preuve doit tenir compte des cas spéciaux, etc. Parfois, donner une intuition, même incorrecte, pourrait aider le lecteur à comprendre pourquoi tout le dispositif technique est nécessaire. Aujourd'hui, cette intuition est surtout donnée à l'occasion de séminaires, de conférences, etc. Les posts de blog pourraient être un moyen de diffuser cette intuition de manière plus générale. Mais blogger prend du temps, un blog est un bien public, et, en tant que scientifiques, nous ne sommes absolument pas incités à contribuer à ce bien public.

 
TSE researchers: week 39 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
23 septembre 2013 : Emmanuel THIBAULT

Thibault



Agrégé  des universités en 2004, Emmanuel est actuellement Professeur en Sciences Economiques à l'université de Perpignan et membre de l'Ecole d'Economie de Toulouse (TSE). Il est aussi chroniqueur (mensuel) pour le quotidien Les Echos. Ses domaines de recherches sont l'Economie Publique et la Macroéconomie. Il est lauréat du Prix de Thèse (interdisciplinaire) 2000 de l'université de la Méditerranée, Lauréat 2008 de l'Institut Europlace pour le projet "Choix financiers et durée de vie incertaine".





(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE  ?

En 2001, à l’issue de ma thèse, j’ai choisi d’accepter le poste de Maitre de Conférences que m’offrait l’université Toulouse Capitole. Pendant trois ans j’ai pu apprécier la qualité de cet endroit, déjà très prestigieux. Lauréat en 2004 du concours d’Agrégation des universités, j’ai choisi comme université d’accueil celle de Perpignan; choix qui me permettait de rester faire ma recherche au GREMAQ, puis à TSE. 

(2) Comment décririez-vous vos travaux de recherche au grand public?

Mes travaux sont théoriques et s’articulent principalement autour de trois axes. Le premier a trait à l’étude des motivations qui conduisent un agent à transmettre ou non (aussi bien du capital physique que du capital humain) et à la répercussion de cette décision sur l’impact des politiques publiques de redistribution entre les générations. Le deuxième porte sur l’examen des implications des transferts intergénérationnels et des politiques fiscales sur l’accumulation et la distribution de la richesse. Le troisième axe a pour but d’étudier comment l’incertitude, sur la durée de la vie et/ou sur l’état de santé, peut influencer les choix financiers et les efforts d’accumulation d’un individu.

(3) Quels sont les effets de ces travaux de recherche sur la société ?

Les transferts intergénérationnels aussi bien publics (système de retraite, dette publique, …) que privés (transmission patrimoniale, aide familiale, ...) se trouvent au cœur des débats de politique économique. Prenons un cas concret.  Le gouvernement français promet prochainement une réforme du financement de la dépendance des personnes âgées. C’est un sujet complexe qui touche à deux tabous : l’argent et la mort. Avec Pierre Pestieau et Chiara Canta, nous avons étudié comment les différents modes de financement de la dépendance (aide familiale, assurance publique et assurance privée) affectent la dynamique d’accumulation du capital et donc la croissance économique. La finalité de mes recherches est donc d'inviter le décideur public, s'il choisit d'intervenir, de le faire avec prudence, mesure et pertinence. 

(4) Pouvez-vous nous citer un temps fort, actuel ou à venir, de votre travail?

J’ai justement présenté à La Rochelle jeudi dernier lors de “Journées de dynamique économique” le papier que je viens de mentionner sur la réforme du financement de la dépendance. Outre ses aspects intergénérationnels et dynamiques, voilà typiquement un sujet pour lequel la prise en compte des interactions entre ce que font la famille, l’Etat et le privé est indispensable. Un sujet qui dépasse même le cadre de l’économie et devient un enjeu de santé publique. Dans les 3 années qui suivent le début de la maladie de leur proche, un rapport de la Haute Autorité de la nté révèle par exemple qu’il existe un risque de surmortalité de plus de 60% chez les aidants naturels auprès de personnes atteintes d’Alzheimer! En amont, il est donc aussi important d’agir. Avec Catarina Goulao, nous venons de publier un article sur la façon dont l’Etat doit promouvoir l’activité physique afin de retarder l’apparition de la dépendance.  

(5) Emmanuel Thibault , si vous n’étiez pas un professeur ou chercheur, vous seriez…

Connaissant les profits que peuvent faire les monopoleurs en France,  j'aurais surement créé mon propre métier et opté pour être « dégustateur de vents du Sud ». Un métier sain, puisqu'en plein air et qui plus est dans un cadre naturel de toute beauté. De Toulouse à Perpignan, en passant par Marseille, je peux déjà apprécier différents grands crus de vents d'autan, de tramontanes ou, les plus raffinés, de mistrals.

 
L'interview de la semaine (32) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
15 Avril 2013: Thomas CHANEY

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Thomas a commencé ses études en France (ENS Paris) avant d'obtenir son doctorat en économie au MIT en 2005. Il a ensuite été professeur adjoint à Chicago avant de rejoindre TSE en 2012 en tant que professeur d'économie.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Les gens me demandent si j'ai choisi TSE pour retourner dans mon pays natal, la France. Au contraire, c'est plutôt difficile pour moi de revenir en France après 12 ans à l'étranger et j'ai choisi TSE en réalité uniquement pour son environnement universitaire et les collègues. J'ai toujours été très impressionné par la qualité de l'environnement intellectuel de TSE et l'enthousiasme général qu'on peut y ressentir. C'est plutôt rare, même dans les meilleurs départements américains.

(2) Comment décririez-vous vos travaux de recherche au grand public ?

Je travaille principalement sur le commerce international et, récemment, je me suis intéressé au réseau de connexions entre les individus ainsi qu'entre les entreprises. Contrairement à l'opinion classique que nous avons des marchés, où tout le monde a plus ou moins accès aux informations sur les autres, dans la réalité, les interactions entre les personnes ou les entreprises sont très limitées, créant des poches ou des îlots d'informations isolés mais reliés via un vaste réseau de connexions entre ces îlots. J'essaie de comprendre si ce type de système économique comprenant des millions d'entreprises et de travailleurs est stable. Si un micro-choc touche l'une des poches du système, il finira par se répercuter en cascade sur le système tout entier. La vitesse et la force de cet effet de cascade dépendent de la façon dont les agents économiques sont connectés entre eux et c'est ce sur quoi j'essaie de faire la lumière.

(3) Quels sont les effets de ces travaux de recherche sur la société ?

Ce travail sur les réseaux est assez théorique à ce stade, mais l'étude générale de la stabilité des systèmes économiques basés sur les réseaux peut donner une idée de la fréquence à laquelle on peut s'attendre à des crises majeures. Prenez par exemple la crise financière de 2008 : elle était à l'origine était très locale, elle a commencé sur le marché immobilier américain et touché d'abord le marché financier des États-Unis puis s'est propagée dans le monde entier. À partir du moment où nous comprenons comment les micro-chocs locaux se répercutent en cascade, nous pouvons commencer à réfléchir sur les types de réglementation qui peuvent être mis en place pour réduire la fréquence ou la gravité des crises potentielles.

(4) Pouvez-vous nous citer un temps fort, actuel ou à venir, de votre travail ?

J'organise cet été à Chicago une conférence sur les réseaux en macroéconomie et en finance. J'ai aussi demandé un financement pour poursuivre ce travail à Toulouse. Je croise les doigts !

(5) Si vous le pouviez, quel visage mettriez-vous sur un billet de banque ?

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Milton Friedman  d'un côté et Keynes de l'autre, cela susciterait certainement d'intéressantes discussions. Mais il vaut probablement mieux mettre simplement des fleurs à la place.
 
L'interview de la semaine (31) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

8 Avril 2013: Marti MESTIERI

mestieriMarti a commencé ses études à l’Universitat Autònoma de Barcelone avant d’obtenir son doctorat en économie au MIT. Marti a rejoint TSE en 2011 où il occupe une chaire junior (professeur adjoint).

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

TSE m’a semblé le meilleur endroit où évoluer en tant qu’économiste et apprendre de mes pairs. J’ai vraiment apprécié l’atmosphère du lieu.

(2) Comment décririez-vous vos travaux de recherche au grand public ?

Dans le domaine de la macroéconomie, j’étudie différentes problématiques liées à la technologie et à la façon dont l’utilisation de la technologie crée des gagnants et des perdants.
En voici trois exemples :
1. J’ai étudié la façon dont les technologies se sont diffusées dans les pays depuis la révolution industrielle et comment l’adoption de ces technologies peut être tenue pour responsable des inégalités actuelles entre pays riches et pays pauvres.
2. Je m’intéresse aux échanges commerciaux et étudie la façon dont la révolution des technologies  de l’information a affecté les types de marchandises que l’on échanger et comment certaines catégories de la population active ont été modifiées et déplacées en conséquence. Par exemple, dans les pays riches, on observe un déplacement des travailleurs moyennement qualifiés plus important qu’avant la révolution de l’information.
3. J’étudie de quelle façon les systèmes éducatifs pourraient être conçus en fonction de la répartition des richesses dans une économie donnée et les valeurs différentes que les personnes attribuent à l’éducation. J’ai récemment étudié comment l’inadéquation potentielle des personnes avec leurs parcours éducatifs (et leurs emplois) rend les pays plus pauvres et peut créer une inégalité de longue durée.

(3) Quels sont les effets de ces travaux de recherche sur la société ?

Avant la révolution industrielle, l’écart de richesse entre pays riches et pauvres était inférieur à 2. Aujourd’hui, il est de 7 ou de 8. Les bénéfices de la révolution industrielle ont été hétérogènes selon les pays et nous avons la preuve que la diffusion tardive et lente de la technologie dans les pays pauvres est responsable de la plupart de ces différences. Je crois que cette analyse peut contribuer à centrer le débat sur les politiques idoines qui peuvent aider les pays pauvres à devenir plus riches. Nous expliquons que la voie technologique est très importante et nous sommes actuellement en pourparlers avec une grande ONG au Pérou qui essaie de mettre en place de nouvelles technologies pour améliorer les méthodes agricoles et manufacturières.

(4) Pouvez-vous nous citer un temps fort, actuel ou à venir, de votre travail ?

Je suis très heureux de faire partie du groupe « Human Capital and Economic Opportunity » (Capital humain et opportunité économique). Il a été créé par Jim Heckman, Prix Nobel d’économie (Université de Chicago), et a pour objectif de faire travailler ensemble des théoriciens et des empiristes sur des modèles de capital humain. C’est un projet passionnant. En juin, je vais passer une semaine à Capri avec le groupe à réfléchir à des modèles. Je m’attends à une semaine très productive.

(5) Vous êtes plutôt crème catalane ou crème brûlée?

crema-catalana.jpgCrème catalane ! Ceci étant dit, je ne sais pas vraiment quelle est la différence, peut-être l’ajout de zeste de citron et de cannelle dans la crème catalane. Dans tous les cas, ce dessert m’est particulièrement cher car on le mange traditionnellement dans ma région pour la Saint-Joseph et mon père s’appelant Joseph c’est une longue tradition familiale que de préparer ensemble de la crème catalane à cette occasion !
 
L'interview de la semaine (30) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
25 Mars 2013: Jean-Paul AZAM

30-azam-jp.jpg Jean-Paul a commencé ses études à Toulouse avant d'obtenir sa maîtrise et son doctorat (1980) à la London School of Economics (LSE). Après 13 ans passés en tant que professeur d'économie à l'Université d'Auvergne à Clermont-Ferrand, il a rejoint TSE en 1997 à la demande de Jean-Jacques Laffont pour fonder le groupe de recherche ARQADE en économie du développement, qu'il a dirigé jusqu'en 2010. Jean-Paul dirige aujourd'hui le programme de Masters en Politiques Publiques & Développement à TSE.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Le projet que Jean-Jacques m'a proposé de mener était passionnant : créer un centre d'économie appliquée pour le développement qui soit innovant, indépendant. Pour ce projet plutôt fou, Jean-Jacques savait qu'il pouvait compter sur moi pour relever ce défi !

(2) Comment décririez-vous vos travaux de recherche au grand public ?

Un thème sous-jacent à mon travail est l'économie de la paix, de la guerre et de la violence dans les pays en voie de développement. Actuellement je suis dans une phase de transition : j'ai passé beaucoup de temps à travailler sur le terrorisme et maintenant je me consacre au lien entre les infrastructures et la paix : comment les infrastructures, notamment les réseaux de transports, créent des obligations pour différents groupes de cohabiter en paix.
Dans un récent article, j'ai étudié le régime démocratique qui, de façon inattendue, s'est développé depuis peu au Somaliland. Après sa sécession de l'ancienne Somalie italienne, la nation s'est organisée elle-même, sans aide internationale, de manière exemplaire, en créant des infrastructures de transport efficaces et sûres, comme la route vers le Moyen-Orient via le port de Berbera. J'ai fondé mon travail sur un modèle simple inspiré de la théorie des jeux pour expliquer pourquoi les institutions démocratiques qui se sont développées localement au Somaliland sont un facteur clé pour maintenir un équilibre politique efficace.

(3) Quels sont les effets de ces travaux de recherche sur la société ?

Au Somaliland, par exemple, les tribus locales jouent un rôle majeur dans le fonctionnement efficace de la démocratie. C'est un point important que j'essaie de porter à l'attention des organismes d'aide internationaux. Nous avons beaucoup à apprendre des peuples des pays que nous voulons « aider » et parfois l'intervention n'est pas la meilleure solution Il est important de reconnaître les structures démocratiques comme les tribus qui fournissent des services de santé et d'éducation, plutôt que d'essayer d'imposer une organisation externe, bureaucratique qui n'est pas en phase avec les besoins du pays, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine !
En 2010, j'ai publié un article qui montrait que si l'aide étrangère réduisait potentiellement les attaques terroristes, les interventions militaires tendaient à les augmenter. Juste après cette publication, j'ai été invité à Washington pour présenter ce travail directement à l'Agence américaine pour le développement international, devant le Conseil de sécurité nationale et le Ministère de la Défense. Ces discussions ont directement influencé la réforme de la stratégie militaire des États-Unis.

(4) Pouvez-vous nous citer un temps fort, actuel ou à venir, de votre travail ?

En avril, je présenterai un récent article lors d'une conférence organisée par la Société Européenne des Choix Publics. Ce travail traite d'un conflit affectant une population autochtone de l'Inde, victime de violences, de terrorisme et de corruption publique.

(5) J'ai entendu que le vin vous passionnait ?

Cette passion vient de mes racines. Mon grand-père produisait du vin dans la région de Gaillac, près de Toulouse, et quand j'ai eu l'opportunité de retourner dans ma région natale et de redécouvrir ses vignes, j'ai été enchanté. Je suis fier d'être vice-chancelier de la « confrérie de la Dive Bouteille de Gaillac », une activité qui m'apporte beaucoup de plaisir !

 
L'interview de la semaine (29) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
18 Mars 2013: Bruno BIAIS

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Bruno est Directeur de Recherche en finance (CRM-CNRS) et membre du groupe de recherche dans ce domaine à TSE. Il a obtenu son doctorat à l'École des Hautes Etudes Commerciales de Paris (HEC) et vit à présent à Toulouse depuis 1994, en ayant occupé différents postes de visiteurs au fil des années (Carnegie Mellon, Yale, ECB, New York Stock Exchange, Oxford...).

1.    Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Grâce à une rencontre inattendue avec Jean-Jacques Laffont à DELTA (maintenant PSE) dans les années 1990. Il m'a suggéré de venir à Toulouse. J'étais ravi de cette opportunité car j'étais vraiment intéressé  par le travail effectué par son groupe à Toulouse. Ce dernier était composé de chercheurs avec lesquels j'étais désireux de travailler tels que : Jean Tirole, Jacques Crémer, Jean-Charles Rochet, Eric Renault... J'ai donc sauté sur l'occasion !

2.    Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Je travaille dans le domaine de la finance avec le point de vue d'un économiste : j'essaye de comprendre les mécanismes économiques du système financier afin d'identifier jusqu'à quel point il joue un rôle pour notre société. La pertinence de ce questionnement a été largement mise en lumière par la crise qui a débuté en 2007 et il est encore plus crucial aujourd'hui d'identifier et de corriger toute anomalie du système financier.
Pour donner un exemple précis, aujourd'hui j'étudie une importante question technique : le rôle des chambres de compensation (clearing houses). Quand les sociétés financières réalisent des transactions entre elles, par exemple sur des produits sophistiqués tels que les CDS, il y a un risque qu'une société puisse faire défaut à ses obligations envers les autres parce qu'elle fait faillite ou bien parce que sa situation financière est en danger. Cet échec a des répercussions directes sur les autres firmes impliquées dans la transaction et ceci peut se répandre dans tout le système financier ce qui crée un risque systémique. L'un des rôles des chambres de compensation est de fournir des assurances contre les manquements des autres parties. Mes co-auteurs et moi sommes en train d'étudier la façon de structurer ces systèmes d'assurance et d'organiser les chambres de compensation afin de réduire le risque pour le système financier et de permettre un partage optimal du risque.

3.    Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

Après  la crise, il a été suggéré, afin de mieux contrôler le risque, de centraliser les chambres de compensation plutôt que d'avoir un système de compensation bilatéral ou décentralisé. Il s'agit d'un réel problème politique aujourd'hui puisque cette proposition n'a toujours pas été appliquée. Notre recherche aborde ce problème et nous avons des échanges réguliers avec différents acteurs du débat sur la régulation comme le FMI, l'Autorité des Marchés Financiers (AMF), la Banque de France, la BCE et la Fédération Bancaire Française (FBF).

4.    Un temps fort, actuel ou à venir dans votre travail ?

Deux activités me viennent à l'esprit en particulier : la première est mon rôle en tant qu'Éditeur du Journal of Finance depuis 2012 et la seconde est mon poste de Président du Programme du prochain European meeting of the Econometrics Society (Rencontre européenne du cercle de l'économétrie) qui aura lieu à Göteborg du 26 au 30 août 2013. Chacun de ces rôles me donnent beaucoup de travail, par exemple ces trois derniers jours j'ai reçu 1018 travaux de recherches en lien avec le congrès que j'ai dû les attribuer à 78 juges.

5.    Quel est votre plat préféré?

J'aime beaucoup cuisiner donc je vais dire que mon plat préféré est celui que je prépare dans ma propre cuisine, sans aucune recette, pour tester quelque chose de nouveau, des ingrédients originaux. Et puis si c'est bon, le plus grand des plaisirs est de la partager avec des amis !

 
L'interview de la semaine (28) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

11 Mars 2013: Jacques CREMER

28-cremer-j.jpg Jacques est Directeur de Recherche (CNRS) en économie au sein du centre de recherche TSE-GREMAQ, et Directeur Scientifique de TSE. Il est également membre de l'IDEI, qu'il a dirigé de 2002 à 2007. Après avoir obtenu son doctorat en économie du MIT en 1977, Jacques a débuté sa carrière au Laboratoire d'Economie de l'Ecole Polytechnique à Paris, avant de prendre un poste de maître de conférences à l'Université de Pennsylvanie, puis de professeur à Virginia Tech jusqu'en 1989, année où il prit son poste à Toulouse.

1)    Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Je suis venu à Toulouse pour une année sabbatique suite à l'invitation de Jean-Jacques Laffont, qui était alors en train de créer l'IDEI.  Ma famille et moi sommes venus pour un an, et quand  j'ai réalisé à quel point le projet de Jean-Jacques était stimulant, et j'ai décidé de rester pour de bon !

2)    Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

En tant que Directeur scientifique de TSE, je suis actuellement un bureaucrate !  Mais quand je peux travailler sur mes recherches je travaille essentiellement dans deux domaines :
-    L'organisation interne des firmes : pourquoi sont-elles structurées d'une certaine façon et pourquoi les différentes étapes de la production au sein d'une entreprise particulière sont-elles intégrées, séparées ou sous-traitées ?
-    - L'économie des réseaux et d'internet : en ce moment, je travaille avec Gary Biglaiser (Université de Caroline du Nord) sur la compétition dans les industries de réseau, en examinant les effets de l'entrée de nouveaux participants dans un marché sur les joueurs déjà présents. Un exemple est l'industrie de la téléphonie mobile : quand Apple est entré sur le marché il y a quelques années, ça a considérablement altéré la structure du réseau et son modèle de compétition.
-    
3)    Comment vos recherches impactent-elles la société ?

Mon travail sur l'économie des réseaux devrait conduire à une meilleure compréhension des mécanismes de compétition dans les industries où les firmes tendent à être en situation de monopole mais sont néanmoins sous la pression de potentiels concurrents. Facebook fournit un exemple: jusqu'à présent il semble qu'il n'y ait pas de sérieux concurrent qui menace son monopole. Mais dans une certaine mesure, Facebook est obligé de tenir en compte des intérêts de ses consommateurs, dans le but de se protéger d'entrants sur le marché qui pourraient remettre en cause son monopole. Nos résultats devraient informer les décisions des régulateurs, des autorités de compétition ainsi que des législateurs.

4)    Un  temps fort, actuel ou à venir dans votre travail ?

Mon collègue Paul Seabright et moi organisons actuellement la 7eme Conférence bi-annuelle sur l'Economie de la propriété intellectuelle,  des industries des logiciels et de l'internet - la conférence académique la plus réputée en Europe dans ce domaine. Cette année la conférence aura lieu au sein du passionnant TIGER Forum organisé par TSE du 5 au 8 juin 2013.

5)    D'après vous, quelles leçons pourrions-nous retenir du système d'enseignement supérieur américain ?

Tout d'abord, les Etats-Unis investissent énormément de ressources dans leur système d'éducation supérieure, ce qui je pense vient du fait que la vie intellectuelle y est prise bien plus au sérieux qu'en France, où on tend à séparer la théorie de l'application. Deuxièmement, le professionnalisme de leur système universitaire est très impressionnant en comparaison au management parfois amateur de la recherche française et de ses institutions. TSE est bien sûr une exception à la règle !

 
L'interview de la semaine (27) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
18 Février 2013 : Alban THOMAS

Alban Thomas

Alban est Directeur de Recherche en économie à l'Inra et fait plus précisément partie du laboratoire de recherche LERNA de TSE. Il est aussi membre de l'IDEI et est chef de département adjoint  sciences sociales de l'Inra depuis 2004. Après avoir obtenu son doctorat en économie à l'Université de Toulouse en 1989, Alban a mené sa carrière entièrement à Toulouse.

(1)    Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

J'ai fait mon doctorat à Toulouse dans les années 1980 avec Jean-Pierre Florens, bien avant la création de TSE. A cette époque, Jean-Jacques Laffont commençait à y organiser le collectif d'économistes. Pour moi, la véritable question était de savoir « pourquoi Toulouse » ? Originaire de Paris et ayant vécu à Londres et  Montpellier, la naissance de ce groupe petit mais dynamique dans une ville attirante offrait l'opportunité de combiner recherche théorique et empirique, mais aussi la chance de pouvoir associer différents champs de l'économie auxquels je portais un grand intérêt.

(2)    Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Je travaille dans le domaine de l'économie de l'agriculture et de l'environnement avec des applications fréquentes  aux pays en développement. En général, ce travail implique une approche microéconomique qui mobilise et teste des méthodes économétriques dans le but d'élaborer des recommandations politiques.
Le mot-clé de mes recherches est l'eau puisqu'il s'agit du thème principal de mon travail depuis les années 1990.  Je me suis concentré sur deux domaines en particulier : le premier était d'observer l'efficacité et les performances des politiques publiques visant à réduire l'écart entre les fortes demandes en eau et la ressource en situation de rareté. Un exemple récent explique comment le tarif social de l'eau en Côte d'Ivoire pourrait être amélioré. J'ai également étudié la régulation des émissions d'effluents à travers des instruments économiques comme les taxes, les quotas et les contrats entre les régulateurs environnementaux et les pollueurs. Par exemple, en modélisant  les dynamiques des systèmes de cultures afin de montrer que l'adaptation des rotations peut mener à une réduction plus large de la pollution des eaux par les nitrates que les taxes sur les engrais.

(3)   Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

Principalement à travers les recommandations qualitatives faites aux dirigeants à propos de la mise en place d'instruments économiques les plus adaptés au contexte. Par exemple, j'ai travaillé au Brésil de très près avec les autorités régionales de Rio sur le contrôle de la demande en eau potable. L'année dernière, en Egypte et au Liban, j'ai conseillé un think tank sur le meilleur instrument de politique environnementale au Moyen et Proche Orient. Plus proche de chez nous, j'ai eu de nombreuses interactions avec des ministères et des porteurs d'enjeux, y compris au Salon de l'Agriculture !

(4)   Un temps fort, actuel ou à venir dans votre travail ?

L'une des conséquences des politiques environnementales conçues pour combattre le changement climatique est qu'elles ont significativement augmenté la demande de ressource en eau: l'introduction des biocarburants implique des changements dans l'utilisation des terres et accroît la production agricole.
Comment pouvons-nous en accroître la production malgré que le changement climatique requière une limitation de notre consommation d'eau ? Trouver des réponses à ce genre de question demande une approche interdisciplinaire qui combine différentes sciences afin d'identifier les meilleures politiques à mettre en place. Je viens juste de lancer un important projet en Inde qui combine économie, hydrologie et agronomie afin d'essayer d'organiser la production des cultures irriguées et de concevoir des règles de partage de la ressource en eau dans le sud de l'Inde, le tout afin d'en réduire la consommation.  Le projet, financé par le Fonds Franco-Indien de la Recherche (CEFIPRA)  durera trois ans.

(5) Un sujet actuel, ou à venir, qui vous a affecté récemment ?

En juillet dernier, lors d'une conférence internationale, des collègues indiens m'ont expliqué comment le réseau de distribution d'électricité du nord-est de l'Inde a été interrompu pendant plusieurs jours. En raison du retard de la mousson, les agriculteurs ont dû pomper une quantité d'eau beaucoup trop importante afin d'irriguer leurs cultures. La moitié de la population indienne a souffert de cette consommation excessive qui fut très mal gérée. En toute modestie, j'espère que notre projet qui prend place dans une petite partie de l'Inde, permettra d'éviter à l'avenir ce genre de situation.
 
 
L'interview de la semaine (26) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
11 Février 2013: Pierre DUBOIS

Pierre est professeur d'Economie au sein de l'Université Toulouse 1 Capitole. Il est membre du laboratoire TSE-GREMAQ ainsi que de l'IDEI. Après un doctorat à l'EHESS Paris, Pierre a rejoint TSE en 2000 en tant que chercheur à l'INRA avant de devenir professeur des universités en 2009. Il a occupé divers postes à responsabilités dans l'université, notamment Directeur Adjoint du GREMAQ et Directeur du programme doctoral DEEQA.

(1)    Pourquoi avez vous choisi de travailler à TSE ?

Après mon doctorat à Paris, on m'a offert un poste de Professeur Adjoint (équivalent Maitre de conférence) au Département d'Economie de l'Université de Montréal. J'ai accepté avec plaisir, mais peu de temps après avoir rejoint Montréal j'ai obtenu un poste de chercheur à l'INRA de Toulouse. A ce moment là les postes de chercheurs étaient rares en France, et cette opportunité particulière de travailler au sein de l'environnement de recherche attractif, créé par Jean-Jacques Laffont, était trop belle pour être refusée. De plus, à cette époque je faisais des recherches en théorie des contrats appliquée au développement et à l'économie agricole, et Toulouse offrait un des meilleurs environnements pour ces domaines.

(2)    Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Je travaille en microéconomie appliquée, depuis le développement économique, le comportement des ménages et les contrats agricoles, à l'économie industrielle, ainsi que l'économie pharmaceutique et de la santé. J'aime maintenir une certaine diversité dans mes domaines de recherche et essaye toujours de lier la théorie aux données et aux faits empiriques.

Les trois axes principaux de mon travail en ce moment incluent :
    1- Le comportement des ménages (Household behaviour) : développer de nouveaux modèles de demande pour l'alimentation dans le but de mieux comprendre les décisions des consommateurs et leurs déterminants.
    2- Économie pharmaceutique et de la santé (Health and pharmaceutical economics) : estimer les effets de la réglementation des prix sur l'innovation, le fonctionnement et l'efficience des marchés pharmaceutiques.
    3-Le partage des risques dans les pays en développement (Risk-sharing in developing countries) : étudier comment les ménages pauvres gèrent les risques élevés présents dans leur vie courante, dans le but d'augmenter leur bien-être par l'adaptation des mécanismes dont le but est de lisser le revenu et la consommation dans des environnements très risqués.

(3)    Comment est-ce que vos recherches impactent la société ?

Cela dépend des projets. Certaines de mes recherches visent à améliorer la méthodologie empirique, mais d'habitude j'aime commencer des projets avec des questions de politiques publiques à l'esprit. Par exemple, mon travail sur la demande alimentaire est utile pour concevoir des politiques publiques qui visent à réduire les multiples problèmes de santé relatifs à l'alimentation (taxation de la « junk food »...)
Ma récente recherche sur l'économie pharmaceutique met en lumière l'effet de la réglementation des prix sur la demande de médicaments en France, et montre les économies réelles apportées par cette régulation. Cela pourrait être utilisé par pour identifier les meilleurs politiques afin de réduire les dépenses en médicaments.

(4)    Un temps fort actuel ou à venir dans votre travail ?

Avec des co-auteurs de l'IFS Londres, je travaille actuellement sur l'impact des campagnes d'information de santé publique sur la consommation alimentaire. De telles campagnes existent au Royaume-Uni et en France et il apparaît qu'elles n'ont pas les effets escomptés.

(5)    Si vous pouviez échanger votre place avec n'importe quelle personne pour une semaine, célèbre ou anonyme, vivante ou décédée, réelle ou fictionnelle, avec qui est-ce que ce serait ?

Je pense que j'aurais une réponse différente à chaque fois que vous le demanderez mais aujourd'hui j'aimerais être guide de montagne pour le plaisir de faire de la randonnée, escalader et skier dans les beaux paysages Pyrénéens.

 
L'interview de la semaine (25) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

4 Février 2013: Pascal BÉGOUT

Pascal est Maître de Conférences en Mathématiques au sein de l’Université Toulouse 1 Capitole et membre du laboratoire de recherche CeReMath. Il a obtenu son doctorat en Mathématiques Appliquées à l’Université de Paris VI en 2001 et il a ensuite occupé différentes places à la fois de post-doctorant mais aussi d’enseignant-chercheur en France et à Madrid pour ensuite obtenir un poste à UT1 en 2008.

(1)   Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Peu de temps après avoir rejoint UT1, le CeReMath, laboratoire de recherche en mathématique, m’a offert la possibilité d’être affilié à TSE. Je n’avais jamais eu de contact avec des économistes auparavant, mais l’idée de faire progresser les mathématiques appliquées à l’économie fut très attractive. Depuis, j’ai découvert qu’il y a de nombreux domaines dans lesquels mathématiques et économie sont intrinsèquement liées. Les mathématiques sont partout !

(2)   Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Je travaille sur les équations de Schrödinger. Il s‘agit d’une branche des mathématiques qui est liée à la physique portant le nom d’un physicien autrichien qui a découvert de nombreux résultats fondamentaux dans le domaine de la théorie quantique. Le but essentiel est d’utiliser des équations afin de reconstruire une « image » précise à partir d’un nombre d’informations limité. Imaginez que vous vous tenez en face d’un mur qui reflète une vue incomplète d’une voiture qui se trouve juste derrière vous. De cette image brouillée et incomplète, vous avez besoin de déduire la couleur, la marque, le modèle et d’autre spécificités techniques de la voiture. Dans mon domaine, certaines propriétés sont connues par les physiciens et les mathématiciens utilisent des équations pour voir à partir de ces propriétés s’ils peuvent reconstruire ces « images » dans leur intégralité.

(3)   Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

Par définition, les mathématiques pures consistent en l’étude de concepts totalement abstraits, c’est pourquoi la notion d’application se situe assez loin par rapport à mon travail. Selon Cédric Vilani, le lauréat de la Médaille Fields en 2010 : « Mon travail impacte d’autres mathématiciens dont le travail impacte celui d’autres mathématiciens dont le travail impacte sur celui d’ingénieurs qui à leur tour effectuent un travail affectant directement la société ». J’aimerais penser, qu’à mon modeste niveau, mon travail pourrait avoir cet effet là.

(4)   Un temps fort, actuel ou à venir dans votre travail ?

Je viens justement de soumettre deux articles co-écrits avec Jesus Ildefonso Diaz,  de l’Université Complutense à Madrid. C’est le résultat d’une collaboration longue de plusieurs mois.

(5)   Si vous n’aviez pas choisi d’être mathématicien, qu’auriez-vous fait ?

Musicien ou œnologue !

 
L'interview de la semaine (24) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
28 janvier 2013 : Stéphane STRAUB

24-straub-s.jpgStéphane est professeur d’économie à l’Université Toulouse 1 Capitole et directeur de l’Atelier de Recherche Quantitative Appliquée au Développement Economique (TSE-ARQADE). Avant d’entreprendre ses études doctorales, Stéphane a eu une « première vie » qui l’a mené à s’installer une dizaine d’années au Paraguay dans les années 90, où il a occupé des postes aussi variés que propriétaire d’une scierie rurale, conseiller auprès d’ONG, et conseiller économique auprès du ministre de la planification. Ce n’est qu’après cela qu’il a débuté un doctorat (« Incitations, Institutions et Développement », 2002) sous la supervision de Jean-Jacques Laffont, avant d’occuper les postes de professeur invité puis maître de conférence au sein de l’Université du Michigan (2002-2003) et de l’Université d’Edinburgh (2003-2008). En 2008, Stéphane rejoint TSE, et c’est en 2010 qu’il devint le directeur de l’ARQADE.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Pour la dimension et la diversité du centre de recherche ; il y a ici un grand nombre de chercheurs travaillant sur un large éventail de spécialités économiques, et l’on peut constamment échanger et interagir grâce à de nombreux séminaires.  C’est beaucoup plus stimulant qu’un petit département de recherche tel que celui dans lequel je travaillais auparavant. Rien qu’en économie du développement, nous avons un groupe considérable et dynamique.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public?

De manière générale, j’étudie le comportement des agents économiques, notamment des entreprises, dans les pays en développement. Dans une économie développée, nous pouvons raisonnablement considérer que toutes les parties vont respecter le cadre juridique et les obligations issues des contrats. Cependant, dans un pays en voie de développement, il peut y avoir des imperfections, dues à des faiblesses juridiques et de la corruption, ce qui complique l’application de ces contrats. J’étudie l’impact d’un tel environnement sur le comportement des entreprises.

Mon travail dans ce domaine s’intéresse par exemple aux partenariats public-privé dans le secteur des infrastructures: que se passe-t-il lorsque des Etats instables ou corrompus essayent de conclure des contrats de long terme avec des agents privés dans des secteurs tels que les transports, l’eau, ou les réseaux électriques? Comment ces contrats peuvent-ils efficacement être négociés et régulés? Quel en est l’impact sur la société et les citoyens?

(3) Quel est l’impact de cette recherche sur la société?

Je travaille actuellement avec une structure publique au Brésil, IPEA, afin d’essayer de développer et mettre en place des règles pour réguler la corruption dans l’attribution des marchés publics. Nous cherchons des preuves de pratiques dénommées « porte tambour », où des agents administratifs en charge de la gestion des marchés publics de biens et services (stylos, ordinateurs, lait pour des écoles, construction de route) se retrouvent à travailler, souvent des années plus tard, au sein d’entreprises ayant précédemment remporté des appels d’offres publics, ou vice-versa. Nous avons accès à une large base de données au Brésil et nous sommes capables de relier des cheminements individuels à des opérations de marchés publics avec des entreprises spécifiques.

(4) Un temps fort actuel ou à venir dans votre travail ?

Un autre projet passionnant en ce moment au Brésil concerne l’impact des constructions de routes depuis les années 70 au niveau local : comment des aspects tels que la concentration ou la répartition géographique du développement économique local et de la population ont évolué au fil du temps suite à la construction de ces routes? Nous organisons un atelier sur ce sujet les 14 et 15 Mars ici, à Toulouse.

(5) Selon vous, quelle est la principale différence entre la vie au Paraguay et en France?

Assez curieusement, au Paraguay je n’ai jamais ressenti le même épuisement qu’en France après une journée de travail, ni le réel besoin de vacances régulières. Les gens là-bas semblent être insouciants, moins stressés, en dépit de très longues heures de travail et de rares congés. On ne peut pas dire la même chose en France!

J’évoque beaucoup de souvenirs de ces dix années passées au Paraguay dans mon livre, Frontières.

 
L'interview de la semaine (23) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

21 janvier 2013 : Christine THOMAS-AGNAN

christine_thomas_agnan.jpgChristine est Professeur en statistique à l’Université Toulouse 1 Capitole et membre du centre de recherche GREMAQ-TSE. Après des études en mathématiques à l’Ecole Normale Supérieure et l’Université Paris 6, Christine a entamé une carrière d’enseignante au lycée dans les années 1980 dans plusieurs régions françaises avant de terminer son doctorat au sein de l’Université de Californie en 1987. Christine est par la suite revenue en France pour prendre un poste de chercheuse et maître de conférences à UT1 en 1988, avant de devenir professeur en 1994.

(1)  Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Après avoir terminé mon doctorat aux Etats-Unis, je tenais à revenir en France avec ma famille. Toulouse était un choix naturel pour nous, en effet je suis originaire de Béziers et mon mari de Bordeaux, c’est donc un bon compromis entre nos deux origines ! De plus, Toulouse est une ville dynamique et active avec trois universités, l’environnement de travail est par ailleurs très attractif. 

(2)  Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

J’essaie de fournir un support pour la prise de décision lorsque des données et des chiffres nécessitent d’être traités et analysés au préalable.

Pour donner un exemple, je travaille actuellement avec une étudiante en doctorat, Do Van Huyen, sur une méthode appelée interpolation spatiale. Plus concrètement, aujourd’hui les corps administratifs publics gèrent d’importantes bases de données, et avec la décentralisation du système administratif français, chaque corps régional ou local a ses propres données mais les zones d’applications géographiques peuvent se chevaucher. Lorsque les autorités essaient de fusionner différents jeux de données, des problèmes arrivent. Notre travail est alors de trouver une méthode pour recouper l’information de façon pertinente afin de pouvoir l’analyser statistiquement et faciliter la prise de décision. Une solution est de tracer une grille uniforme et régulière qui représente toute la zone géographique étudiée et d’y intégrer les différents jeux de données, en fonction de leur taille relative ainsi que des cases de cette grille.

(3)  De quelle façon votre recherche a-t-elle un impact sur la société ? 

La plupart de mes recherches sont directement inspirées par des problèmes de la vie courante  qui sont portés à ma connaissance par des entreprises et des administrations, notamment via le programme de Master Econométrie-Statistiques de TSE, que je dirige. Avec ces études de cas concrets, les étudiants sont amenés à être en contact direct avec des entreprises, et ces échanges peuvent mener à des projets de recherche avec  une éthique « depuis le domaine d’étude => passage par le laboratoire => retour au champs d’étude initial ».

Concernant le travail mis en évidence ci-dessus, nous sommes en collaboration directe avec la DREAL, la Direction régionale de l’environnement, l’aménagement et le logement, afin d’améliorer la gestion de leurs bases de données.

(4)  Un point à souligner dans votre travail actuel ou à venir ?

Je suis Présidente du comité d’organisation du 45eme sommet de la Société française de Statistiques, qui aura lieu à Toulouse du 27 au 31 mai 2013. C’est un travail prenant et exigeant, mais c’est un grand honneur de présider cet évènement qui réunira plus de 400 chercheurs, professeurs et professionnels.

(5)  J’ai entendu dire que vous êtes une grande amatrice de musique ?

Oui ! J’apprécie beaucoup de types de musique différents : classique, traditionnelle, rock… et j’ai joué du violon depuis mon enfance, tout d’abord classique puis traditionnel et ce pendant de nombreuses années. L’Université Toulouse 1 Capitole m’a donné l’opportunité de reprendre le violon classique avec la création de son orchestre en 2011.

 
L'interview de la semaine (22) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
 14 Janvier 2013: Patrick REY 

22-rey-p.jpg Patrick est un professeur d’économie au sein de l’Université Toulouse 1 Capitole (doctorat/HDR 1992). Il fut étudiant en ingénierie, économie et statistiques à l’Ecole Polytechnique et à l’ENSAE. Il a tout d’abord passé les dix premières années de sa carrière à l’INSEE (département d’analyse économique), à l’ENSAE ainsi qu’au CREST pour ensuite devenir professeur d’économie à UT1 ainsi que membre de l’Institut D’Economie Industrielle (IDEI) qu’il a d’ailleurs dirigé de 2007 à 2011. Il compte aussi parmi les principaux membres de l’Institut Universitaire de France et enseigne à l’Ecole Polytechnique.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à UT1 ?

A cause de Jean-Jacques Laffont ! Lors d’une conférence à l’EARIE (Association Européenne pour la Recherche en Economie Industrielle) dans les années 1990, nous avons eu une conversation au bord d’une piscine à propos de l’année sabbatique que je désirais prendre. Jean-Jacques m’a alors proposé de la passer à Toulouse, j’ai accepté et finalement je ne suis jamais parti. Cette décision fut prise en famille et jamais nous n’avons regretté ce choix aussi bien en terme de mode de vie qu’en terme conditions de travail au sein de l’IDEI et de la TSE.

(2)  Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

D’un point de vue théorique, j’étudie les impacts qu’ont les informations privées sur le fonctionnement des marchés. D’un point de vue pratique, je travaille dans le domaine de  l’économie industrielle, j’élabore des théories pour examiner les incitations (business incentives) et les comportements stratégiques que les firmes adoptent pour obtenir des gains de compétitivité. J’étudie la question sous un angle propre au monde de l’entreprise dans le but de mettre en place une stratégie pour la firme. Mais j’adopte aussi la perspective d’un régulateur afin de fournir un travail basé sur des preuves scientifiques pour la régulation et la supervision de l’industrie qui est effectuée par les autorités de la concurrence ou bien par des régulateurs spécifiques à un secteur comme l’ARCEP pour la télécommunication.
Par exemple, j’ai largement travaillé sur la question de l’intégration verticale au sein des marchés, c’est-à-dire quand différents niveaux de la chaine de production sont à la fois détenus et gérés par le même groupe. Je me demande alors quel est l’impact de cette intégration sur la concurrence et sur les marchés et cela tout particulièrement quand des informations sensibles doivent être échangées entre les firmes, les fournisseurs et les clients. De plus j’étudie d’autres problématiques  telles que : est-ce que l’intégration verticale est souhaitable ? Quels en sont les risques et les gains de productivité ?


(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?


Mon travail sur  la politique de la concurrence et la régulation est inspiré de réels débats et mon but est de les affecter en retour afin d’orienter et de développer des politiques. Je fais partie de nombreuses commissions pour la politique de concurrence et de régulation. De plus, j’ai rédigé avec mes collègues de la TSE de nombreux rapports pour la Commission Européenne. Par exemple, nous avons travaillé sur la collusion tacite ou bien sur les effets unilatéraux. Enfin, j’ai aussi organisé un groupe d’experts sur l’abus de position dominante et notre travail a ainsi conduit à la modernisation de l’application du célèbre article 102 du droit européen de la concurrence.

(4) Un temps forts actuel ou à venir dans votre travail ?

En ce moment, je travaille avec Zhijun Chen sur une série d’articles qui examinent les relations entre les différents comportements des consommateurs et les stratégies des détaillants. Les consommateurs n’ont pas tous le même comportement et donc comprendre leur conduite est important afin de mettre en place des stratégies de marketing et de commercialisation ainsi qu’une politique de tarification. Par exemple, les grands supermarchés attirent les clients « one-stop »  qui souhaitent pouvoir tout acheter dans un seul magasin alors que ceux qui préfèrent le « multi-stop » vont préférer faire leurs achats dans plusieurs petits magasins qui sont plus spécialisés. Jusqu’à présent, peu de recherche ont été effectuées dans ce domaine alors que nos résultats initiaux indiquent qu’il y a d’importantes conséquences sur les entreprises et les marchés.

(5) Il y a-t-il une grande source d’inspiration dans votre carrière ?

Travailler avec des juristes sur le droit de la concurrence ! Confronter le droit et l’économie m’a toujours fasciné et grâce à Frédéric Jenny, depuis l’apparition du droit la concurrence en France j’ai eu la chance de travailler avec de grands juges tels que Guy Canivet ou bien même avec de grands spécialistes du droit comme Bill Kovacic. Tous deux sont sources d’inspiration intellectuelle.


 
L'interview de la semaine (21) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
7 Janvier 2013: Fany DECLERCK

21-declerck_f.jpg Fany est professeur en finance à l'Institut d'Administration des Entreprises (IAE). Enseignant chercheur, elle est également membre de la TSE, de l'IDEI et du CRM. Après avoir obtenu son doctorat à l'Université de Lille,  Fany a rejoint la TSE en 2001, et a depuis occupé différents postes au sein de l'Université, notamment Directrice du département Finance (2005-09) et Directrice du service des Arts et Culture (2009-12). Elle est actuellement directrice du Master Financial Markets and Risk Evaluation. 

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Durant mon doctorat, j'ai occupé un poste de chercheur en visite à Euronext,  la bourse de Paris,  grâce auquel j'ai rencontré Bruno Biais. Celui-ci m'a alors proposé d'intégrer son équipe de recherche à Toulouse.  L'opportunité de pouvoir travailler avec Bruno, mais aussi Catherine Casamatta, Jean-Paul Décamps et Jean-Charles Rochet (qui à l'époque formaient le groupe de finance), était très stimulante et j'ai sauté sur l'occasion. Le groupe finance a bien grandie depuis, mais la cohésion, le dynamisme et l'esprit d'équipe sont toujours bien présents.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Pour faire simple, je travaille sur les marchés financiers d'un point de vue microéconomique, avec des questions telles que : dans un contexte de hasard moral et d’asymétrie d’information, quelle est la structure de marché optimale qui permet de maintenir la liquidité et réduire les coûts ?

Je travaille actuellement sur un papier avec Sophie Moinas, dans lequel nous nous intéressons aux frais optimaux qui devraient être payés pour pouvoir soumettre un ordre sur le marché boursier. On peut comparer ce problème avec celui de l'utilisation d'une carte de crédit dans un magasin : qui du consommateur ou du commerçant doit payer les frais de transaction bancaire ? A combien ces frais doivent-ils s'élever pour rendre l'utilisation de la carte bancaire attractive, à la fois pour le consommateur et le commerçant ? Dans le cas des marchés financiers, il y a deux types d'investisseurs. Le trader qui passe un ordre de marché, immédiatement exécuté au prix du marché ; il consomme la liquidité du marché.  Le second cas est celui d'un trader qui passe un ordre à cours limité, qui ne sera exécuté qu’au-delà du prix donné, ce qui offre de la liquidité dans le marché. Lequel de ces deux traders doit alors payer des frais ? A combien ces frais doivent-ils s'élever pour que la liquidité du marché soit garantie ?

3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

En principe, les régulateurs des marchés financiers devraient être les plus intéressés par nos travaux sur la structure financière optimale. C'est du moins le cas pour les États-Unis : dans ses rapports, la SEC (Securities and Exchange Commission) s'appuie régulièrement sur un de mes papiers qui montre que les marchés ne devraient pas nécessairement réduire la taille du tick (la plus faible variation possible du prix d'un titre). En Europe ce sont plutôt des banques ou la bourse qui nous approchent pour comprendre nos travaux dans les détails. Mais le changement est en marche, puisque mes collègues et moi-même sommes maintenant engagés dans des discussions régulières avec l'autorité de régulation française, l'AMF.

(4) Un temps forts actuel ou à venir dans votre travail ?

Même si mes projets futurs se situent davantage du côté de la finance d'entreprise empirique, le HFT (High Frequency Trading) constitue un autre de mes champs de réflexion. J’organise d’ailleurs une conférence avec Bruno Biais les 18 et 19 Avril 2013, qui se déroulera à la bourse NYSE-Euronext de Paris. Le HFT est un processus d’échanges très sophistiqué et très puissant qui a été sujette à bien des controverses depuis son apparition. Aussi, avec cette conférence, nous souhaitons rassembler des chercheurs, des régulateurs et des professionnels pour approfondir notre compréhension des impacts du HFT sur la qualité des marchés. Dans cette optique, l'AMF qui a pour projet de réguler l'HFT, s'intéresse à l'expertise de la communauté scientifique afin d'établir un politique aussi efficace que possible.

(5) La régulation des marchés financiers est-elle en train d'éviter ou de provoquer une autre crise ?

Paradoxalement, le développement de la régulation des marchés financier impulsé par l'Union Européenne a réduit la transparence, encouragé les marchés de grès à grès (OTC), et rendu l'accès aux données de plus en plus difficile. Pour des chercheurs en finance tels que moi, il est primordial d'avoir accès aux données afin de pouvoir analyser et comprendre le fonctionnement du marché, afin que nous soyons capables de déceler ses faiblesses et de tirer la sonnette d'alarme.

 
L'interview de la semaine (20) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
4 Juin 2012 : James HAMMITT

20-hammitt-j.jpg James est professeur en sciences de l’économie et de la décision à l'Université Harvard, au sein du département de politique et de la gestion de la santé. Il est actuellement en visite scientifique pluriannuelle au centre de recherche   LERNA  de TSE, dirigeant une équipe de chercheurs doctorants et post-doctorants. Sa formation initiale était en mathématiques appliquées et il a obtenu son doctorat de Harvard (1988) en politiques publiques. Ancien mathématicien à la Corporation RAND, James est un chercheur reconnu dans l'analyse des risques et a publié plus d'une centaine d'articles dans des revues telles que Nature, Science, et les meilleures revues d’économie. Il est directeur du Centre Harvard d'analyse de risques, membre de la Society for Risk Analysis (SRA), et membre du conseil consultatif scientifique de l’Agence de Protection Environnementale des USA.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Je suis venu à TSE pour une année sabbatique en 2005-2006, et ensuite les raisons étaient les mêmes que maintenant: des collègues et des sujets de recherche intéressants, un environnement merveilleux à l'école, une région agréable à vivre pour ma famille et aussi un bon endroit pour faire du bateau! L'attrait intellectuel pour moi vient des collègues de TSE qui font d’excellentes recherches sur le risque – surtout Christian Gollier et Nicolas  Treich . Je dois beaucoup à Louis Eeckhoudt, économiste belge réputé en matière de risque, qui m'a fait découvrir les économistes français du domaine du risque.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Dans un sens large, j'étudie la façon dont nous, en tant qu’individus, sociétés et groupes devons prendre des décisions, en gardant à l'esprit qu'il y a toujours une incertitude quant au futur. J'utilise des modèles scientifiques pour prévoir les conséquences de différentes décisions, représentant l'incertitude par les probabilités d’issues distinctes.
Je peux donner trois principaux exemples de mon travail actuel en analyse de décision et en évaluation du risque.
1) Mutations mondiales et changement climatique: nous savons que nous émettons des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, mais nous sommes incertains des effets de ces émissions et à quel point il serait coûteux de les réduire. Mon travail contribue à déterminer le niveau d’émissions que nous devrions permettre présentement afin de trouver le juste équilibre entre la préservation de l'environnement et les coûts d'atténuation.
2) Risques sanitaires liès à la consommation alimentaire: dans le choix de notre régime alimentaire, nous faisons souvent des compromis entre différents risques, en choisissant de manger quelque chose pour ses bienfaits potentiels, en dépit de ses effets potentiellement nocifs. Par exemple, manger du poisson est connu pour être bénéfique pour prévenir les attaques cardiaques, mais il peut aussi être dangereux en raison de l'exposition au mercure, en particulier pour les bébés. Alors est-ce bon ou mauvais de manger du poisson ?
3) Valeur de la vie: les individus et les groupes peuvent choisir de prendre des mesures pour réduire les risques pour la santé tels que les accidents, les crises cardiaques, etc. Ces mesures atténuantes impliquent souvent des coûts, alors combien devrions-nous dépenser pour eux, étant donné que nous avons aussi d’autres dépenses à faire?

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

Mes recherches en évaluation de risques alimentent souvent directement les politiques publiques, en particulier en santé environnementale et sécurité, afin d’aider les gouvernements à décider comment fixer des normes de sécurité alimentaire, d’émissions atmosphériques, etc. Aux États-Unis il y a un processus bien établi d'évaluation des risques dans la politique publique, auquel je participe. En France et en UE, ce processus est généralement moins développé, mais avec mes collègues français, nous essayons justement de l'améliorer.

(4) Un temps forts actuel ou à venir dans votre travail ?

Je suis en train d’organiser une conférence les 12-13 Juillet avec Christian et Nicolas en l'honneur de Louis Eeckhoudt, un événement de 2 jours réunissant des collègues afin de présenter des articles scientifiques et célébrer les contributions de Louis au fil des ans.

 (5) La voile est votre passion. Quel est votre endroit préféré pour en faire ?

La Corse! Il fait chaud, ensoleillé, l'eau est chaude et claire, il ne pleut jamais, il ne fait jamais brumeux, et le paysage est spectaculaire.

 
L'interview de la semaine (19) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
21 Mai 2012 : David SALANT

19-salant_d.jpg David a été un chercheur associé de TSE depuis 2007 et est actuellement en visite pour un poste à temps plein de 2 ans, basé sur Toulouse de 2011 jusqu’en 2013. Il a reçu un doctorat en économie de l'Université de Rochester en 1981 avant de se lancer dans une carrière professionnelle de 30 ans combinant les postes de recherche et de consultant principal, en particulier dans le secteur des télécommunications (Bell Laboratories, Laboratoires GTE, l'Université d'État de New York à Buffalo). Pour les cinq dernières années, David a enseigné un cours annuel à TSE, "Topics in Applied IO".

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

J'ai rencontré Patrick Rey , chercheur à TSE et ancien directeur de l'IDEI, en 1991 lors du congrès annuel  à EEA  l'Université de Cambridge. À ce moment-là, Patrick travaillait au CREST à Paris et m'a invité à lui rendre visite là-bas. Après que Patrick se soit installé à Toulouse et soit entré à l'IDEI, nous sommes restés en contact régulier, à travailler sur un certain nombre de collaborations de recherche au fil des ans.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Mon travail se concentre principalement sur l'organisation industrielle, la régulation économique, et particulièrement sur la conception des ventes aux enchères. Au cours des années, j'ai développé des connaissances théoriques importantes et des compétences dans ce domaine, à travers mes postes de recherche en développement de modèles de simulation économique de réseaux sans fil. J'ai aussi acquis beaucoup de connaissances sur la mise en œuvre de véritables ventes aux enchères, à travers mon expérience dans les secteurs de l'énergie et des télécommunications. Je ne corresponds donc à aucune étiquette particulière car travaillant dans les deux mondes académique et industriel!

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

La théorie que je développe dans la conception des enchères est souvent directement inspirée par ma propre expérience d’enchères réelles que j'ai mises en œuvre et brevetées. Donc, on pourrait presque dire que c'est la société qui a des répercussions sur la recherche! Prenez par exemple les travaux que j'ai effectués sur la conception des enchères dans le secteur de l'énergie. J'ai mis en place des systèmes d’approvisionnement des marchés pour assurer aux clients un approvisionnement d’électricité fiable à des prix compétitifs, dans le but d'éviter les pannes. J'ai ensuite développé des modèles pour formaliser ces solutions prouvées comme résolvant  aux problèmes d'approvisionnement.

(4) Un temps forts actuel ou à venir dans votre travail ?

Des questions liées au marché et à la théorie de conception des enchères dans les secteurs des télécommunications et de l'énergie sont en constante progression. Il s'agit donc d'un secteur sur lequel je me concentre durant mon séjour à Toulouse. J’aide, par exemple, mes collègues de TSE à mettre en place une conférence sur l'énergie en Janvier 2013. Je travaille également sur des données expérimentales / comportementales des projets de conception d'enchères pour le secteur des télécommunications, avec Roberta Dessi.
Je suis également en train de travailler sur un livre pour la MIT Press, basé sur le cours que j'enseigne à TSE: Une amorce pour la gestion et la stratégie de la théorie de la conception d’enchères. L’objectif du livre n'est pas de fournir un aperçu complet du sujet, mais plutôt de fournir les bases des connaissances dont on a besoin quant aux rouages et la conception d'une vente aux enchères. Travailler sur le livre donne le sentiment d’être dans un long tunnel suisse, mais je commence à voir la lumière au bout du tunnel!

(5) Votre résidence permanente est à San Francisco. Pouvez-vous nous en parler ?

Ma famille et moi avons été basés à San Francisco pendant 15 ans, et nous avons aimé l’expérience. Ce que j'apprécie particulièrement dans cette ville c'est la beauté et son cadre naturel: il y a beaucoup de zones de conservation très proches du centre-ville, tels que les Marin headlands , juste au nord du pont Golden Gate, et les îles de la baie, comme Alcatraz (le vrai!) et l’Angel Island.

 
L'interview de la semaine (18) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

7 Mai 2012: Michel SIMIONI

18-simioni-m.jpg Michel  est un directeur de recherche à l’INRA au sein du centre de recherche TSE-GREMAQ, et un membre de l'IDEI. Il a obtenu son doctorat en finance au GREMAQ en 1984 et est entré à l'INRA peu de temps après, où il a effectué toute sa carrière, d'abord au centre régional de l'INRA à Auzeville (dans la banlieue de Toulouse), et 20 ans plus tard, de retour au GREMAQ, lorsque le département d’économie agricole de l’INRA s'est installé à TSE.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Après avoir quitté le GREMAQ en 1984, j'ai maintenu des liens étroits avec un certain nombre de chercheurs du GREMAQ. J'ai également eu la chance de travailler avec Jean-Jacques Laffont, un mentor pour moi, aux côtés de Quang Vuong. Mon retour au GREMAQ-TSE en 2007 était donc comme un retour aux sources, une occasion de formaliser un certain nombre de collaborations fructueuses entre l’INRA et le GREMAQ effectuées au cours des années.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Je consomme et décode les données! Plus précisément, je travaille en économétrie appliquée aux marchés agricoles et alimentaires. Le principe directeur de mes recherches est d'utiliser les outils économétriques les plus récents pour faire la lumière sur les questions liées à ces marchés.
Les dix dernières années, un de mes thèmes de recherche principaux était la transmission asymétrique des prix le long des chaînes de commercialisation d’aliments. Mon travail a abordé la question suivante: lorsque le coût des matières premières augmente, les intermédiaires (les principaux détaillants) de la chaîne alimentaire transfèrent-ils ces coûts accrus aux consommateurs plus rapidement qu'ils ne transfèreraient une baisse des coûts? En utilisant des outils économétriques, j'ai montré que la transmission des prix était le plus souvent symétrique dans le marché français des fruits et légumes. Ce résultat était en totale contradiction avec les hypothèses générales, mais cohérent avec les résultats des chercheurs d'autres pays.

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?


Ma recherche sur la transmission asymétrique des prix a été financée par le ministère français de l'Agriculture et a été présenté lors des sessions de l’Observatoire des prix et des marchés, une assemblée composée de producteurs, fabricants, et détaillants impliqués dans les canaux de commercialisation des aliments en France. Présenter mes résultats à cette assemblée a été un véritable défi, puisque mes résultats étaient quelque peu controversés et ont conduit à un débat sérieux au sein de l'assemblée. Je me sentais un peu jeté aux lions! Heureusement, les producteurs de tomates se sont abstenus de me jeter leurs marchandises dessus ...

(4) Un temps forts actuel ou à venir dans votre travail ?

Je travaille actuellement sur plusieurs projets liés à la productivité des entreprises dans l'industrie alimentaire.
Dans un projet, financé par l'Agence française de recherche (ANR), je propose une nouvelle métodologie utilisant des outils économétriques pour évaluer l'impact des réglementations sanitaires ou environnementales sur la productivité des entreprises de l'industrie alimentaire. Plusieurs de mes collègues du GREMAQ et LERNA sont impliqués dans ce projet.
Avec des collègues français et italien, j'ai récemment commencé à étudier l'impact des investissements de dépollution sur la performance des entreprises de l'industrie alimentaire.

(5) Que faites-vous pour échapper à la recherche ?


Je chante! Je suis un bassiste dans deux chorales basées sur Toulouse. Un des groupes travaille sur des pièces classiques (renaissance, baroque), et l'autre, un groupe de 6 voix masculines, sur un répertoire plus varié, y compris Hallelujah, Stand by Me, Leonard Cohen, Schubert…

 
L'interview de la semaine (17) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
30 Avril 2012 : Pepita MIQUEL-FLORENSA

17-miquel-florensa_p.jpgPepita est professeur adjointe d'économie à l'Université Toulouse 1 Capitole (UT1), et chercheur au sein du groupe TSE-ARQADE . Originaire de la région de Catalogne, au nord-est de l'Espagne, elle a grandi sur l'île de Majorque et a étudié à Barcelone avant de s'installer à New York pour compléter un doctorat en économie à l'Université Columbia. Elle a travaillé à l'Université York (Canada) pendant un certain temps avant d’occuper son poste de l’UT1 à TSE en 2009.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Un de mes directeurs de thèse, Bernard Salanié, a suggéré que mon profil correspondrait bien ici. Il avait raison! Le travail de mes collègues de l’ARQADE s'intègre parfaitement dans mes intérêts de recherche, et je me sens faire partie de la famille du développement ici!

(2) Comment décririez-vous vos recherches au le grand public ?

Je travaille dans l'économie du développement, mettant l'accent sur ce qui pourrait être fait pour améliorer l'efficacité de l'aide au développement. Par exemple, j'ai étudié les mécanismes derrière les contrats établis pour les projets d'aide au développement gérés par les organismes d'aide bilatéraux ou multilatéraux, tels que la Banque Interaméricaine de Développement (IADB). Je suis intéressée par les problèmes d'incitation qui déterminent finalement les conditions du contrat, à toutes les étapes du projet. J'étudie également les raisons de la réussite ou de l’échec du projet liées à ces contrats.

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

La recherche sur les questions de développement est toujours orientée vers la politique et toujours proche de problèmes du monde réel. Par exemple, j’étudie actuellement le comportement des producteurs de café au Costa Rica, avec Astrid Hopfensitz. . L'objectif est de voir comment l'environnement des agriculteurs (en ce qui concerne les règles de coopération, les certifications, ...) influe sur leur comportement, via un jeu de bien public élaboré en laboratoire. Bien que ce projet soit encore en cours, il devrait nous permettre d'établir les effets de certifications (i.e. commerce équitable) sur la gouvernance des coopératives de café.

(4) Un temps forts actuel ou à venir dans votre travail ?

Je voudrais continuer à travailler sur les producteurs de café et de certifications, d'étendre l'analyse à d'autres pays avec des structures de marché très différentes, comme l'Éthiopie et la Colombie.
Je travaille aussi présentement sur les questions de vote dans les institutions d'aide multilatérale. Plus les donateurs se multiplient ou multiplient le montant de leur aide dans ces organisations, et plus la redistribution ultérieure de pouvoirs peut avoir un impact sur l'efficacité de l'affectation des fonds.

5) Alors, aimez-vous de fait le café ?!

J’aime ça oui! Quand je me réveille, c'est la chose la plus importante ... à mon avis, le meilleur est le café éthiopien.

 
L'interview de la semaine (16) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
23 Avril 2012: Céline BONNET

bonnet_c.jpg Céline est une chargée de recherche de l'INRA qui a été un membre du laboratoire TSE-  GREMAQ depuis ses études doctorales, qu’elle a terminées en 2004 sous la supervision de Michel Simioni. Elle a ensuite occupé un poste au centre régional de recherches de l'INRA (Auzeville, près de Toulouse),     retournant au GREMAQ en 2007 quand une partie du département d’économie agricole de l’INRA a déplacé sa base à TSE. Ces dernières années, Céline a occupé une série de postes de chercheurs en visite à l'Université de Californie (Berkeley), ainsi qu'à l'Institut d’Études Fiscales (Londres).

 (1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

La décision était collective, aux côtés de mes collègues de l'INRA qui travaillent dans l'économie agricole. Notre département a été quelque peu isolé au sein du centre régional de l'INRA, alors venir à TSE nous a rapprochés d'autres économistes et économètres afin de faire progresser nos thèmes de recherche similaires.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Mon travail vise à améliorer notre compréhension de l'industrie alimentaire, avec deux axes principaux: 1) ce qui détermine les choix des consommateurs liés à la consommation alimentaire, et 2) comment les entreprises de l'industrie coordonnent et soutiennent la concurrence. Dans l'industrie alimentaire, j'ai étudié ces deux aspects appliqués aux différents marchés, y compris l'eau minérale, boissons gazeuses, le café et les produits laitiers. Je travaille aussi actuellement sur l'impact de la consommation alimentaire sur les questions de santé, en particulier les préoccupations portant sur l'obésité.

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

Mon travail actuel sur l'impact des taxes sur la consommation des boissons gazeuses est un intérêt particulier pour le ministère français de la Santé, qui a récemment introduit cette taxe afin de réduire les taux de maladie, dans le cadre du plan de la nutrition nationale et de la santé (PNNS). Le ministère m'a invitée à présenter mon travail d’évaluation des mesures prévues, et d'appartenir à une commission spéciale chargée d'examiner l'impact réel et l'efficacité de la taxe à la suite de sa mise en œuvre.
Divers intervenants de l'industrie alimentaire aussi prennent un intérêt dans cette recherche, en ce qui concerne à la fois le choix des consommateurs et la concurrence au sein de l'industrie. Par exemple, les groupes de consommateurs sont intéressés par l'impact de la taxe sur le prix de vente au détail, afin de défendre les intérêts des consommateurs face à la hausse des prix. De même, les fabricants et les détaillants ont besoin de comprendre ce qui influence le choix des consommateurs, afin d'identifier comment différencier leurs produits pour continuer à attirer les consommateurs en dépit de la nouvelle taxe.

(4) Un temps forts actuel ou à venir dans votre travail ?

Plusieurs de mes collègues et moi sommes impliqués dans un nouveau projet [1] financé par l'agence de recherche française (ANR), qui regroupe un réseau de chercheurs étudiant les liens entre les préoccupations de consommation, de santé et d'environnement. L'objectif global du projet est de construire un modèle économique durable pour la nutrition, et mon rôle consiste principalement à évaluer l'efficacité des politiques publiques visant à atteindre cet objectif.
Ce projet me permettra de continuer à étudier l'impact de la taxe des boissons douces sur la santé, et aussi enquêter sur d'autres sujets en lien tels que des campagnes de sensibilisation sur les bienfaits pour la santé des fruits et légumes. Nous visons à déterminer la mesure dans laquelle les différents acteurs de la chaîne alimentaire (fabricants, détaillants, consommateurs) ont un rôle à jouer dans la logique de détermination des prix, de la concurrence, de la consommation, des taxes et des campagnes qui visent à réduire les problèmes de santé.

5) Le football ou le rugby ?

Football! En fait, jusqu'à la fin de mon doctorat, j'ai joué au football dans la ligue française d’amateurs. Mon équipe a été plusieurs fois championne de ligue, et a atteint les demi-finales de la ligue européenne des champions. Je me suis arrêtée il y a quelques années, afin de me concentrer sur le travail, et aussi sur la famille, qui est très importante pour moi.




[1] Le projet nommé OCAD, a été lancé en mars 2012 et durera 4 ans.

 
L'interview de la semaine (15) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

2 Avril 2012: Christophe BISIÈRE

15-bisiere_c.jpgC’est en 1994 que Christophe obtient son doctorat en économie à l’Université d’Aix –Marseille II qui le conduit au poste de professeur adjoint à UT1 jusqu’en 1998. Il devient professeur titulaire à l’Université de Perpignan en 1999 et préside le département d’économie et de gestion jusqu’en 2002.
Depuis 2002, Christophe est professeur à l’Université de Toulouse Capitole (UT1) au sein de l’Institut d’Administration des Entreprises
(IAE). Il est par ailleurs membre du centre de recherche  CRM et membre de l’Institut d’Economie Industrielle (IDEI).

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Pendant mon séjour à Perpignan j'ai été très impliqué dans des rôles administratifs, j’ai investi beaucoup de temps et d'énergie dans le développement du département de recherche en économie. C’était un grand défi enrichissant, mais je n'ai jamais perdu le contact avec mes collègues de recherche à Toulouse, et après une certaine période, je tenais à revenir à la dynamique, l'environnement de recherche de haut niveau que nous avons ici.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Je travaille dans une branche de la finance connue sous le nom de microstructure des marchés, qui se préoccupe de la façon dont la structure, les règles et l'organisation d'un marché financier affectent ses qualités, notamment en termes de liquidité et d'efficience. C'est beaucoup de travail empirique, la théorie sur les mécanismes du marché est mise à l’épreuve dans des situations de marché réelles ou simulées, afin d'identifier les structures et les mécanismes commerciaux les plus efficaces.

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

Les résultats de ma recherche appliquée peuvent aider les régulateurs du marché dans leur prise de décision, afin d'identifier et d'analyser l'impact des règlementations des différentes microstructures sur les marchés. Par exemple, en 2005, j'ai été sollicité à occuper un poste d’invité de 18 mois en tant que Membre économiste à la Commission de Sécurité et d’Échange Américaine de Washington, qui est chargé de réglementer les marchés boursiers américains. Cette collaboration a été très enrichissante d'un point de vue de cette recherche, me permettant d'appliquer la théorie aux données existantes du marché et d'analyser l'impact de la vie réelle des règles imposées par la Commission sur les marchés.

(4) Un temps forts actuel ou à venir dans votre travail ?

J'ai réalisé une étude approfondie en 2010 avec Bruno Biais et Chester Spatt sur la concurrence entre plates-formes de négociation différentes et leur incidence sur l'approvisionnement en liquidités. Nous avons examiné en particulier la concurrence entre le NASDAQ, la deuxième plus grande bourse du monde, et ISLAND, une plateforme de commerce électronique de petite taille qui est apparue dans le début des années 2000. Nos résultats suggèrent que la concurrence parfaite ne peut être tenue pour acquise, même sur les registres d’ordres à cours limité, ouverts et transparents. Il s'agit plutôt d'une concurrence au niveau de la plate-forme qui tend à faire baisser les loyers.
Parmi les autres projets en cours, je travaille actuellement sur un
papier avec mon collègue Bruno Biais et Sébastien Pouget sur l'impact que la préouverture peut avoir sur la liquidité. Cela nous permet de faire participer nos étudiants à la maîtrise de notre recherche,nous avons créé un marché expérimental dans notre laboratoire TSE de finance où nous invitons les élèves à jouer le rôle des commerçants dans nos ventes aux enchères expérimentales.

(5) Qu'appréciez-vous à Toulouse ?

Pour moi, Toulouse est une ville très ouverte. D'une part, elleil a une identité très distincte culturelle (forts accents, la fierté de rugby, la gastronomie, les couleurs ...), mais elle ouvre également ses portes à ses nombreux résidents étrangers temporaires, et les fait se sentir à l'aise ici. Je pense que nous nous sentons tous "Toulousain" à notre façon!

 
L'interview de la semaine (14) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
26 Mars 2012: Nicolas PISTOLESI

14-pistolesi_n.jpgNicolas est maître de conférences à l'Université Toulouse 1 Capitole et membre du centre de TSE-GREMAQ recherche. Il a effectué ses études dans la région parisienne, avec  l'obtention de son doctorat en économie à l'Université de Cergy-Pontoise avant de rejoindre la TSE en 2007.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à la TSE ?

Je n'ai pas hésité à accepter le poste qu’on m’a offert à Toulouse, pour des raisons professionnelles et personnelles. L'environnement de recherche exceptionnel à TSE et la qualité de vie offerte par la région étaient très attractifs. Au bout de 5 ans ici, je suis désormais sûr que j’ai pris la bonne décision!

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Ma recherche est essentiellement axée sur l'étude  des inégalités, en s'intéressant en particulier à la corrélation entre les disparités de revenus et d'opportunités. De nombreux outils économiques existent déjà afin de mesurer les différences de revenus, tels que l'indice de Gini. Cependant, il existe peu d'outils disponibles pour mesurer l'inégalité des chances qui peuvent découler de différences de sexe, de race, d'origine sociale, etc. J'ai donc développé et appliqué des outils pour mesurer ces inégalités et étudier le lien potentiel avec les inégalités de revenus.

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

J'ai appliqué ce travail dans divers pays développés, principalement en France et aux Etats-Unis, et aussi d'autres États membres de l'UE, me permettant ainsi de comparer les inégalités dans les différents pays et faire des observations qui peuvent être intéressantes dans une perspective de redistribution. Par exemple, j'ai trouvé une corrélation positive dans les pays nordiques, où les deux inégalités de revenus et d'opportunités ont tendance à être faible. La corrélation n'est pas toujours aussi claire, par exemple en France, on observe une inégalité de revenus légèrement en dessous de la moyenne, mais légèrement au-dessus de l’inégalité d’opportunités moyenne.

(4) Un temps forts actuel ou à venir dans votre travail ?

J'ai récemment reçu une subvention de recherche de 3 ans par  l'Agence française de recherche (ANR), qui me permettra d'étendre mes recherches actuelles à des collaborations au niveau international. J'espère pouvoir inviter des collègues des États-Unis, d'Espagne et de la Belgique à la Bourse de Toronto pour travailler avec moi sur de nouveaux projets, grâce à ce financement.

(5) Votre position combine enseignement et recherche. Quels sont les avantages et les inconvénients d'un tel poste ?

Du point de vue de la recherche, j'apprécie particulièrement l'indépendance totale et la liberté que l’on a de diriger et de développer des projets de manière autonome.
La combinaison de l'enseignement et de la recherche est un véritable défi, car les compétences requises par les deux activités sont très différentes. Pour être un bon enseignant, il faut être en mesure d'expliquer les concepts d'une manière claire, simple à un large public, se mettre à la place des élèves, et maitriser un large éventail de sujets. Pour être un bon chercheur, il faut développer de solides connaissances précises sur un sujet très spécifique, généralement comprises seulement par un petit nombre de collègues. Donc, il n'est pas toujours facile de basculer entre les deux professions!


 
L'interview de la semaine (13) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
12 Mars 2012: Norbert LADOUX

ladoux_n.jpg Norbert est professeur d'économie à l'Université Toulouse 1 Capitole, membre du centre de recherche TSE- LERNA et membre de l' IDEI. Il a obtenu son doctorat au sein du centre de recherche GREMAQ  sous la supervision de Jean-Jacques Laffont en 1982, en collaboration avec le Commissariat français à l'Energie Atomique (CEA). Il a ensuite entrepris un poste de recherche de 4 ans au Centre d'Etude et de Recherche Economiques sur l'Energie (CEREN), suivi par un poste d'économiste à la CEA à Paris jusqu'en 1995, quand il revint à Toulouse pour prendre son poste de professeur.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

J'ai été invité à revenir à Toulouse dans les années 1990 par Jean-Jacques Laffont. Nous avons créé ensemble le pôle de recherche «LEMME», réunissant dans un environnement dynamique des chercheurs du CEA, de l’UT1 et de l'IDEI. J'ai également été très impliqué dans le développement de l'IDEI, la coordination des projets de recherche majeurs avec des partenaires dans le domaine de l'énergie (AREVA, EDF, GDF ...).

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?


Mon domaine de recherche est, dans les grandes lignes, l'économétrie appliquée à des questions énergétiques et environnementales.
Mon premier projet d'envergure, au cours de mon expérience au CEA, a été l'analyse économique et environnementale du programme nucléaire français. J'ai ensuite largement travaillé pendant un certain nombre d'années sur l'économétrie de production, et durant près de 15 ans je me suis concentré sur les effets d'optimisation et de redistribution des politiques fiscales de l'énergie, avec Helmuth Cremer et Firouz Gahvari.

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?


L'analyse des structures d'impôt présente un intérêt pour les décideurs publics et privés. Par exemple, j'ai présenté ce travail aux producteurs d'énergie, qui sont intéressés à comprendre comment optimiser la fiscalité de l'environnement, et au Ministère français de l'Environnement, qui sont concernés par l'impact de la redistribution sur les consommateurs.

(4) Sur quel(s) proje(s)t travaillez-vous actuellement ?

À l'heure actuelle, je travaille sur deux nouveaux projets. Le premier, avec André Grimaud, vise à combiner la théorie et l'application afin de tester différents instruments destinés à atténuer le changement climatique, y compris les incitatifs à la R&D en vue d'améliorer l'efficacité énergétique.
Le deuxième projet cherche à déterminer si les chocs des prix du pétrole (hausses soudaines et importantes des prix) doivent être compensés par une réduction des taxes sur l'énergie afin d'atténuer l'impact sur les prix à la consommation, pour des raisons de redistribution.

(5) Nucléaire, énergies renouvelables, fossiles combustibles... comment envisagez-vous le mix énergétique pour l'avenir ?

Il semble irréaliste pour moi que l'on envisage de mettre fin à la production d'énergie nucléaire. Il est clair que les sources d'énergie renouvelable, intermittente par nature, ne peuvent pas produire suffisamment pour répondre aux besoins croissants de la planète, en particulier compte tenu de l'essor industriel en Chine et en Inde. Sans nucléaire, nous serons contraints d'utiliser des combustibles fossiles polluants, avec des conséquences graves pour la planète.
 
L'interview de la semaine (12) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
5 Mars 2012: Vincent REQUILLART

Vincent est un chercheur principal de l’INRA en économie, membre du centre de recherche TSE-GREMAQ, et membre de l'IDEI. Il a obtenu son doctorat à l'Institut National Agronome (INA) à Paris en 1984, puis prit son poste permanent à l’INRA, d'abord dans la région parisienne, puis à partir de 1994 sur le campus de l'INRA près de Toulouse, où il a dirigé l'unité « Économie de l’Agriculture » pendant neuf ans, avant de rejoindre TSE en 2006.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE?

Je tenais à ce que le groupe de recherche en "économie agricole" de l'INRA intègre  TSE afin de nous permettre de développer les collaborations déjà étroites que nous avions établies au cours des années avec certaines équipes de recherche de l’IDEI et GREMAQ. Ces interactions sont naturelles, étant donné que notre recherche est basée sur un certain nombre d’outils économiques industriels utilisés à TSE.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public?

Je travaille sur divers thèmes liés à l'analyse du marché agricole et alimentaire.
Au cours des années précédentes, mon travail a été fortement axé sur le développement d'outils de simulation économique pour modéliser l'impact de la politique laitière de l'UE sur les industries, les marchés et les consommateurs, fournissant des informations à la Commission européenne afin de faciliter leur prise de décision concernant la conception des politiques et leur développement.
Plus récemment, j'ai tourné mon attention vers l'étude de l'effet des différentes politiques de nutrition sur la santé. Mes collègues et moi avons développé un outil de simulation qui combine des modèles économique et épidémiologique afin d'analyser quelles politiques d’accroissement de la consommation des fruits et légumes, ont l’impact coût-bénéfice le plus positif sur la santé, mesuré par les taux de maladie réduits. Les exemples de différentes politiques que l'on peut comparer sont les réductions d'impôt, les coupons d'intéressement, les campagnes d'information, etc.

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

La recherche sur la politique laitière décrite ci-dessus m'a amené à coordonner un certain nombre de rapports et d'études qui sont directement introduites dans le processus décisionnel européen. J'espère que la recherche en cours sur la politique de nutrition aura un impact comparable dans les années à venir, potentiellement à l'échelle mondiale.

(4) Un temps fort actuel ou à venir dans votre travail?

Toujours sur le thème des liens entre la nutrition et la santé, je conduis actuellement une enquête avec ma collègue Céline Bonnet sur l'impact de la récente taxe française sur les boissons rafraîchissantes sur la consommation, et par conséquent sur la santé (réduction potentielle des taux d'obésité). Les premières simulations indiquent une baisse significative de la consommation suite à l'introduction de la taxe.

(5) Votre recherche sur l'alimentation et la santé a t-elle un impact sur votre vie personnelle?

Cela nourrit certainement la réflexion, mais je me plais à penser que j'ai déjà conduit un mode de vie sain, y compris une alimentation équilibrée ... sans les boissons gazeuses sucrées!
 
L'interview de la semaine (11) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
27 Février 2012: Renato GOMES

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Renato est maître de conférences en sciences économiques à l'Université Toulouse 1 Capitole, et un membre du centre de recherche GREMAQ. Il a commencé ses études supérieures dans son pays d'origine, le Brésil, avant d'entreprendre un doctorat en économie à l'Université Northwestern à Chicago, Etats-Unis. Il est venu directement à Toulouse après avoir terminé son doctorat en 2010.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à  TSE ?

Le département de recherche ici est attrayant pour les sujets sur lesquels je travaille, et aussi pour les collaborations possibles avec de nouveaux collègues de travail sur d'autres sujets. C’était également l'occasion d'apprendre le français!

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Ma thèse de doctorat et mes premiers travaux se concentrent sur les mécanismes de vente en ligne. Par exemple, les moteurs de recherche Internet utilisent souvent des enchères pour vendre des espaces publicitaires, et ils doivent concevoir des règles d'enchères qui génèrent des revenus, mais en même temps qui sélectionnent les annonceurs considérés comme étant utiles par les utilisateurs Internet.
Plus récemment, j'ai commencé à étudier l'effet des politiques fiscales différentes sur le choix des professions au sein d'une société (avec Jean-Marie Lozachmeur). La fiscalité peut influer sur les choix professionnels directement (puisque les différentes professions sont soumises à des traitements fiscaux différents) ainsi que, indirectement, (puisque les taux de salaires relatifs sont biaisés par le système fiscal).

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

Prenant l'exemple du travail sur la fiscalité, nos conclusions pourraient influencer les décisions gouvernementales sur le revenu et la conception de taxes salariales. S'ils souhaitent, par exemple, encourager les gens à entrer dans une profession particulière, ils pourraient concevoir une politique fiscale qui fournirait des incitations financières en faveur de cette profession-ci. Cela pourrait aider à atteindre les objectifs gouvernementaux de redistribution.

(4) Un temps fort actuel ou à venir dans votre travail ?

Je vais bientôt présenter un article sur la discrimination des prix (avec Alessandro Pavan, Northwestern) lors d'une conférence à Gerzensee, en Suisse. J’attends avec impatience cet évènement,  d'autant qu'il se tiendra dans un lieu au bord du lac et la nourriture est censée y être fantastique!

(5) Si vous  étiez naufragé sur une île déserte, quelle chose souhaiteriez-vous avoir ?

Quelques cigarettes!

 
L'interview de la semaine (10) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
13 Février 2012 : Vincent REBEYROL

rebeyrol.jpg Vincent est maître de conférences en sciences économiques à l'Université de Toulouse 1 Capitole, et membre du centre de recherche sur les EST-ARQADE. Il a complété son doctorat en économie à l’École d’Économie de Paris en 2008 avant d’occuper un poste de 2 ans postdoctoral à l'Institut universitaire européen de Florence. Il a rejoint  TSE en 2010 .

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à  TSE ?

J'ai choisi de venir à TSE, parce que c'est un des meilleurs départements d'économie en Europe. Cette école présentait également l’avantage pour moi d'être située pas trop loin de Paris pour être proche des amis et de la famille, et de rester dans un climat chaud après s'être habitué au beau temps à Florence!

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?


Mon travail se concentre principalement sur l'analyse du commerce international. J'étudie en particulier comment les différentes entreprises en matière d'efficacité et de taille se comportent dans le marché d'exportation et les conséquences de ces comportements hétérogènes sur la structure des échanges globaux. Par exemple, récemment, j'ai étudié la pratique de la délocalisation de la production. Je montre que les entreprises qui choisissent de délocaliser leur production ne sont pas nécessairement ni plus ni moins efficaces au sein de leur secteur, et que ces décisions de délocalisation ont tendance à augmenter l'élasticité des flux commerciaux à l'égard de coûts commerciaux.

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

Je vais prendre un autre exemple. J'ai étudié l'impact hétérogène que les mesures non tarifaires peuvent avoir sur les entreprises selon leur taille. L'introduction d'un nouveau règlement qui est coûteux pour toutes les entreprises entraînera des difficultés pour les PME, tout en ayant un impact positif sur les grandes entreprises. Cette disparité dans l'impact peut expliquer pourquoi il y a tant de débats au sein de l'OMC au sujet de l'harmonisation des normes et des conséquences protectionnistes possibles de ces normes en fonction de la distribution de la taille des entreprises entre les pays.

(4) Un point fort actuel ou à venir dans votre travail ?

Je travaille actuellement sur un nouveau papier avec Nicolas Bernam sur le comportement d'investissement des nouveaux exportateurs. Parmi ceux qui tentent de pénétrer de nouveaux marchés, en général, seulement 50% y parviennent après un an, ce qui souligne la grande incertitude associée à cette nouvelle activité. Nous  nous sommes intéressés à étudier la mesure selon laquelle la réussite au cours de ces premières années réduit progressivement l'incertitude associée à l'exportation, qui à son tour encourage de nouveaux investissements et conduit finalement à la future croissance des entreprises. Nous allons présenter ce travail en cours lors de deux prochaines conférences qui se tiendront au mois de mai 2012.

(5) Quelle est votre prochaine destination de vacances ?

Je vais à Singapour cet été pour le mariage d'un ami. Ce sera mon premier voyage en Asie donc je suis impatient de cette nouvelle découverte culturelle.
 
L'interview de la semaine (9) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
6 Février 2012: Takuro YAMASHITA

09-yamashita_t.jpgTakuro est maître de conférences en sciences économiques à TSE. Il a commencé ses études supérieures à l'Université Hitotsubashi à Tokyo, au Japon, avant d'entreprendre un doctorat en économie à l'Université de Stanford. Il a obtenu son doctorat en 2011, puis a pris ses fonctions à  TSE au début de l'année universitaire.

 (1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à  TSE?

Je travaille sur la théorie de conception de mécanismes (i.e. la théorie d’implantation ou des contrats), et  TSE est très connue dans ce domaine - il y a beaucoup de membres du corps professoral travaillant sur des sujets connexes, alors c’était un choix naturel pour moi de venir ici.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public?

Le but de la théorie de conception de mécanismes est d’établir des règles (ou "mécanismes") afin d'atteindre un objectif spécifique pour les situations où les gens veulent prendre des décisions économiques pour poursuivre leurs propres intérêts, comme les vendeurs et les acheteurs qui veulent échanger sur un marché. Ainsi, par exemple, si le but est d'améliorer l'efficacité commerciale, nous voulons concevoir des règles pour les transactions qui incitent les gens à prendre des décisions permettant d'améliorer les chances qu'un résultat efficient soit atteint.

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société?

Un gouvernement, par exemple, pourrait être intéressé par l'élaboration de règles pour assurer l'efficacité des transactions sur certains marchés. De même, un commissaire-priseur vendant un bien privé pourrait être intéressé par la conception de règles d'enchères pour atteindre le plus haut revenu possible. La théorie de conception de mécanismes nous permet d'identifier les propriétés optimales des règles afin d'atteindre ces objectifs.

(4) Un point fort actuel ou à venir dans votre travail?

Dans la littérature sur la conception du mécanisme standard, des hypothèses fortes sont faites sur le comportement des agents économiques concernés. Je travaille actuellement sur la conception mécanique robuste, qui vise à trouver des règles pour atteindre un objectif quand il n'est pas possible de faire ces hypothèses fortes, et donc les règles ne peuvent être conçues en utilisant des hypothèses faibles sur le comportement potentiel des agents. Un exemple serait eBay, le concepteur d'enchère en ligne, où il y a beaucoup d'acheteurs et de vendeurs potentiels qui se ne connaissent pas et par conséquent il ne serait pas raisonnable de faire des hypothèses fortes sur leur comportement.

(5) Quelle est la différence culturelle principale que vous ressentez entre le Japon et la France?

Je trouve les Français plus énergiques et plus communicatifs que les Japonais! Les Japonais ont tendance à plus rester entre eux. 

 
L'interview de la semaine (8) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

30 Janvier 2012 : Carole HARITCHABALET

08-haritchabalet_c.jpg Carole est  chercheur associée TSE au sein du groupe GREMAQ. Elle a obtenu son doctorat en économie ici en 1998, sous la supervision du Directeur de TSE, Christian GOLLIER, et a ensuite passé un an comme maître de conférences à l'Institut d'Economica Analisi à Barcelone avant de revenir à un poste d’enseignant chercheurau sein du GREMAQ. En 2006, elle devient professeur d'économie à l'Université de Limoges, en restant associée à TSE pour ses activités de recherche.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à  TSE ?

Comme vous pouvez le voir, je suis née et j’ai grandi à Toulouse, et j'ai fait toutes mes études ici. Je suis attachée à Toulouse à la fois personnellement et professionnellement, d'où mon désir de rester associée à  TSE pour ma recherche en gardant mon poste de professeur à l'Université de Limoges. Cela implique beaucoup d’organisation, mais pour moi ça vaut la peine.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Mon travail porte essentiellement sur la notion de risque, d'assurance et sur l'économie industrielle appliquée à des secteurs très innovants. Mes thèmes de recherche portent sur des questions liées à l'acquisition de financement, à l'assurance, à la tarification et à la connaissance de nouveaux produits. En particulier, l'objectif est d'identifier le prix qui devrait être fixé pour un nouveau produit dont la valeur future est inconnue.

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?


Ma recherche est appliquée aux industries innovantes. Quelques exemples concrets: le secteur de capital-risque, en se concentrant sur les stratégies de financement des startups innovantes; l'industrie spatiale, compte tenu du risque lié à de nouvelles roquettes telles que Ariane 5 ; et le secteur pharmaceutique, avec la recherche sur les stratégies que les organismes de réglementation telles que la FDA (US Food & Drug Administration) et l'utilisation lors de la conception des procédures d'autorisation d'accès aux marchés pour de nouveaux médicaments.

(4) Un point fort actuel ou à venir dans votre travail ?

Je travaille actuellement avec Isabelle Dubec de  TSE sur l'intéraction entre les instruments réglementaires tels que les taxes ou les campagnes d'éducation dans le contexte de la désinformation des consommateurs sur les nouveaux produits.

(5) Y a-t-il une ville en particulier dans le monde que vous admirez ?

J'ai visité San Francisco à quelques reprises et vraiment aimé cette ville, pour son ambiance colorée, l'emplacement en bord de mer, et l’environnement globalement ouvert et amical.

 
TSE researchers: week 7 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
23 Janvier 2012: Ingela ALGER

alger-i.jpg Ingela rejoint  TSE l'année dernière en tant que directeur de recherche CNRS au sein du groupe de recherche LERNA. Elle était déjà très familière avec l'Université de Toulouse 1 Capitole, après avoir terminé son doctorat en économie ici en 1997, elle a occupé différents  postes de recherche dans le Royaume-Uni et en Amérique du Nord: l'Université de Boston (1997-98), LSE (1998-99), Boston College (1999-2007), et enfin l'Université Carleton.

 

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Tout d'abord,  TSE offre un environnement de recherche exceptionnel. Deuxièmement, mon nouveau poste a une saveur toute particulière : je suis censée promouvoir le dialogue entre les différents domaines de recherche, mettant l’accent sur des biologistes et des économistes. Enfin, être ici me rapproche de la famille en Europe.

(2) Comment décririez-vous vos recherches au grand public ?

Une grande partie de ma recherche remet en question la présomption d'économie que les gens sont égoïstes et ne se préoccupent que de leur bien-être matériel. Ma recherche actuelle combine les théories existantes en économie et en biologie offrant de nouvelles informations sur l'évolution des préférences.

(3) Quel est l'impact de cette recherche sur la société ?

Cette approche peut espérer aider les économistes à comprendre les fondements de l'évolution des hypothèses qu'ils font dans les modèles. Elle peut également aider à mieux comprendre comment l'environnement dans lequel évolue une société peut influer sur sa culture et ses préférences. Par exemple, nos recherches jusqu'à présent montrent que nous devrions  nous attendre à ce que l’évolution conduise à l'égoïsme pur seulement dans quelques rares circonstances.

(4) Un point fort actuel ou à venir dans votre travail ?

Je suis particulièrement enthousiasmée par les idées nouvelles que nous avons récemment découvertes sur l'évolution des préférences morales. Je vais présenter ce travail, en collaboration avec Jörgen W. Weibull (Stockholm School of Economics), lors d'une conférence sur l'économie expérimentale et comportementale en Espagne en Mars.

(5) Qu'est-ce qui vous rend fière de votre pays d'origine, la Suède ?

Le grand nombre de produits suédois que l'on trouve à l'étranger ... des voitures aux aspirateurs, au papier, à l'alimentation, à la musique ... et dois-je mentionner les films de Bergman et le prix Nobel?!

 

 
L'interview de la semaine (6) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

16 Janvier 2012 : Christoph RHEINBERGER

rheinberger-c.jpg Christoph est chercheur postdoctoral à l’INRA, et travaille actuellement au Laboratoire d’Economie des Ressources naturelles (LERNA ) au sein de TSE. Originaire du Liechtenstein, il a fait ses études supérieures en Suisse, afin d’obtenir un diplôme d’ingénieur en sciences environnementales à l’Institut Fédéral Suisse de Technologie (ETH) à Zurich en 2004, puis a  entrepris un doctorat et post-doctorat en économie de l’environnement à la WSL, l’Institut pour l'étude de la neige et des avalanches (SLF) de Davos, entre 2005 et 2009. 

En 2010, il a occupé un poste de chercheur au Fond National Suisse de la Recherche Scientifique (SNSF) au Centre des Sciences de Décisions de Santé de Harvard (CHDS), avant de prendre le poste à TSE-LERNA en 2011.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Après mon doctorat et mon post-doc au SLF de Davos, je tenais à travailler sur la valeur de la vie statistique et à travailler en particulier avec James Hammitt, professeur d’économie et de sciences de la décision à Harvard. J’ai obtenu un poste de chercheur à la SNSF pour travailler avec Jim, qui a accepté de me recevoir, mais comme il était lui-même sur le point d'avoir un poste de professeur à TSE, il a été entendu que je viendrai avec lui. L’INRA m’a offert un poste de 3 ans après mon contrat avec la SNSF pour rester ici et continuer mon travail avec Jim.

(2) Comment décririez-vous votre recherche au grand public ?

Ma recherche se concentre sur l’économie des risques environnementaux et sanitaires, et plus particulièrement sur la sécurité alimentaire, se penchant sur l’économie de prestations de santé et les risques liés à la consommation de poisson. Généralement, les bienfaits proviennent des acides gras, et les risques proviennent de la teneur en mercure, potentiellement dangereuse pour les femmes enceintes. Les données que nous avons sur la consommation de poisson, extraites du sondage : « Santé Nationale Américaine et Examen de la Nutrition », permettent de simuler les bienfaits et les risques sanitaires et enfin d'observer l'impact monétaire de ces effets.

(3) Comment cette recherche impacte-t-elle la société ?

Nos études peuvent fournir des informations aux organismes de réglementation pour les aider à maximiser le bien-être social. Pour ce faire, ils évaluent ce que la société souhaite qu’ils allouent aux budgets sanitaires, et comment les gens perçoivent les risques associés. Principalement, il s'agit de savoir s’ils s’en préoccupent ou pas. Ainsi, nous espérons que nos résultats vont éventuellement fournir un feed-back pour aider les responsables publics à améliorer leurs choix.

(4) Un point phare actuel ou à venir dans votre travail ?


Je travaille actuellement sur une enquête de préférences déclarées, m’occupant de la conception d’une expérimentation des choix permettant de simuler la façon dont les consommateurs français perçoivent les risques pour la santé générale liés à la consommation de poisson. Les consommateurs seraient-ils préparés à payer une prime pour avoir un meilleur contrôle du poisson au point de vente, tel qu’un test immédiat de fraîcheur ou bien un test sur la quantité de mercure ?
Comme toujours, l’enquête implique beaucoup de travail en amont afin d’assurer que la conception statistique sous-jacente soit suffisamment complète et robuste pour imiter le marché réel, ce qui nous permet d’évaluer les compromis que font les gens entre les risques alimentaires et les prix.

(5) Comment trouvez-vous la vie en France par rapport à la Suisse ?


La vie en France est moins chère! Ma famille et moi aimons beaucoup vivre à Toulouse. Comme nous vivons sur l’autre rive de la Garonne, nous allons à pied au travail. Nous nous servons rarement de la voiture, ce qui est agréable, et nous avons une bonne épicerie dans le quartier.
Pour avoir grandi dans les montagnes, ce mode de vie me manque, je skiais au moins 3 jours par semaine. Ici, nous avons les Pyrénées mais c’est à une heure de voiture et la neige y est plutôt rare.
 
L'interview de la semaine (5) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

9 Janvier 2012 : Pascal LAVERGNE

lavergne_p.jpg Pascal est professeur d’économétrie à l’Université de Toulouse 1 Capitole (UT1), et membre du groupe de recherche GREMAQ au sein de TSE. Il a obtenu son doctorat en 1993 à l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) de Toulouse, où il a ensuite occupé un poste de chercheur à temps plein jusqu’à devenir professeur à l’UT1 en 2003. Pascal était professeur associé pendant 5 ans à l’Université Simon Fraser de Vancouver, Canada, de 2005 à 2010, à la suite duquel il est retourné à Toulouse à son poste de professeur de TSE.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

J’ai postulé au poste de professeur en 2003 et on m’a offert un poste à l’UT1. A cette époque TSE n’existait pas encore.

(2) Comment décririez-vous votre recherche au grand public ?


Je travaille dans l’économétrie théorique, qui comporte essentiellement des statistiques appliquées. Je développe de nouvelles méthodes pour estimer des modèles économiques et vérifier les hypothèses sur lesquelles ces derniers sont basés. Par exemple, je me suis récemment concentré sur une nouvelle approche de contrôle de régression avec plusieurs variables, pour vérifier si une relation supposée entre ces variables est correcte.

(3) Comment cette recherche impacte-t-elle la société ?

Ma méthode de contrôle de régression « un pour tous et tous pour un », développée avec mon collègue Valentin Patilea, peut être utilisée, par exemple, pour tester le fameux modèle économique qui lie la croissance du PIB à la croissance de la population, du capital humain, de l’investissement, etc. J’ai aussi écrit un autre article qui développe une nouvelle méthodologie pour «confirmer» certaines hypothèses économiques de base, telles que les rendements d’échelle constants dans une fonction de production agrégée.

(4) Un point phare actuel ou à venir dans votre travail ?

Je suis actuellement dans une demi-année sabbatique dispensé d’enseignement, accordée par le Conseil National des Universités (CNU), afin de travailler à temps plein sur un certain nombre de projets de recherche en cours.

(5) Vous avez travaillé 5 ans au Canada. Comme était cette expérience ?

Professionnellement, j’ai beaucoup apprécié l’organisation, la simplicité et l’efficacité du système d’universités canadiennes et les infrastructures. La gouvernance est transparente et très collégiale. C’était difficile de se réadapter au système hiérarchique et bureaucratique typique à la France, bien qu’il s’améliore! Au Canada, j’ai apprécié la beauté de la nature, mais à Vancouver on se sent un peu isolé à cause du paysage insulaire et des longues distances avec les autres villes.

 
TSE researchers: week 4 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

2 January 2012: Anne RUIZ-GAZEN

Anne RUIZ-GAZEN Anne est originaire de Toulouse, elle a effectué ses études supérieures à l’Université de Toulouse III Paul Sabatier, depuis son Master en Mathématiques pures & appliquées (avec une majeure en statistiques), jusqu’à son doctorat en statistiques, obtenu en 1993. Elle a ensuite occupé un poste de professeur assistant à l’Université de Toulouse I Capitole (UT1), où elle est devenue professeur en 2008. Anne est membre du groupe de recherche GREMAQ, et est actuellement chef du Département de mathématiques de l’Université UT1.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Quand on m’a offert un poste de professeur assistant en 1993, j’avais reçu d’autres offres mais je tenais à entrer à l’UT1 afin d’appliquer les statistiques à l’économie et aux sciences sociales plutôt qu’à la physique, etc. Je suis devenue membre de TSE quand l’école a été créée en 2007. Cette décision a été motivée par l’enthousiasme et le niveau élevé de l’équipe de recherche de TSE. J’étais déjà impliquée dans plusieurs collaborations internationales, mais entrer à TSE m’a permis de travailler quotidiennement dans un environnement de recherche dynamique et cosmopolite.

(2) Comment décririez-vous votre recherche au grand public ?

Je vais prendre en exemple un de mes sujets de recherche en cours, les statistiques robustes. Les procédures statistiques sont souvent basées sur des hypothèses qui peuvent s’avérer fallacieuses. Dans ce cas, les statistiques robustes vont offrir des alternatives pour que ces procédures puissent continuer à fonctionner de façon optimale. Par exemple, une hypothèse pourrait être qu’un ensemble de données sera pur, sans observations atypiques qui dévient nettement des autres observations de l’ensemble de données. Lorsque les observations extrêmes apparaissent dans les données, les statistiques robustes peuvent aider à les identifier.
Un autre élément de mon travail est la théorie de l’échantillonnage des enquêtes, où les statistiques sont appliquées afin de créer des échantillons représentatifs aléatoires de populations particulières. Cela permet ensuite d’estimer avec la meilleure précision possible certains paramètres d’intérêt, comme le pourcentage d’électeurs qui pourraient voter pour un certain candidat dans une élection. D’autres paramètres d’intérêt plus complexes sont les mesures de l’inégalité et de la pauvreté à partir des données de sondages sur les revenus.

(3) Comment cette recherche impacte-t-elle la société ?

Le travail sur les statistiques robustes a été breveté et est actuellement appliqué dans l’industrie automobile, où il nous a été demandé de travailler avec un ingénieur afin d’identifier les résultats atypiques dans la production de puces électroniques. 
La théorie de l'échantillonnage des enquêtes avec laquelle je travaille peut être appliquée pour mesurer et améliorer la précision d’estimation des paramètres complexes de toute enquête. Par exemple, une étude de l’INSEE (Institut National Français de la Statistique et des Études Économiques) sur la richesse des ménages indiquait que le coefficient Gini (une mesure de concentration), avait augmenté de 1,4% entre 2004 et 2010. Afin d’établir la signification de cette augmentation, nous avons besoin de mesurer la précision de l’estimation.

(4) Un point phare actuel ou à venir dans votre travail ?

Je travaille actuellement avec des collègues sur des méthodes pour améliorer la précision lors de l'estimation des mesures d'inégalité ou de pauvreté tels que l'indice de Gini ou le taux de risque de pauvreté. Notre recherche fournit une méthode qui peut être appliquée par les instituts nationaux, afin de mesurer et d'optimiser la précision de ces estimations. Idéalement, nous aimerions que notre méthode soit appliquée à une enquête européenne actuelle sur le revenu et les conditions de vie dans les pays européens.

(5) Que pensez-vous de la réforme actuelle de l’éducation à TSE ?

Comme vous le savez, «l’École TSE» a été lancée cette année académique. En tant que membre du personnel enseignant, je pense que la création de cette structure qui réorganise complètement la scène économique éducative française est un véritable défi. C'est une opportunité pour un changement positif, et j'espère pouvoir mettre en œuvre un apprentissage actif en vue d'impliquer davantage les étudiants dans ce processus. C'est une aventure passionnante dans laquelle je suis vraiment heureuse d'être fortement impliquée!

 
L'interview de la semaine (3) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

19 Decembre 2011 : Farid GASMI

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Farid est professeur d'économie à l'Université Toulouse 1 Capitole, et chercheur à l'Atelier de Recherche Quantitative Appliquée au Développement Économique (ARQADE). Il a été membre de l'Institut d’Économie Industrielle (IDEI), la branche de recherche industrielle de TSE, depuis sa création en 1990 par Jean-Jacques Laffont. Il a occupé un poste au sein du Groupe de Recherche en Économie Mathématique et Quantitative (GREMAQ), un des groupes fondateurs de la recherche à TSE, pendant 14 ans avant de passer au groupe ARQADE en 2007.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Grâce à Jean-Jacques Laffont! Après ma scolarité en Algérie je suis allé aux États-Unis pour mon Master et Doctorat (1988) en économie, au California Institute of Technology (CalTech). Pendant ma dernière année d'études supérieures, Jean-Jacques a visité le CalTech et j'ai eu la chance que le sujet sur lequel je travaillais dans l'organisation industrielle empirique a suscité son intérêt. Nous avons ensuite commencé à collaborer sur des projets de recherche en économie appliquée pendant une période de plus de 12 ans. Quand Jean-Jacques a fondé l'IDEI à Toulouse en 1990, il m'a naturellement invité à rejoindre l'équipe. J'y suis d'abord venu comme un chercheur invité de Bell Communications Research (New Jersey - Etats-Unis) où je travaillais à l'époque, et je ne suis jamais parti!

(2) Comment décririez-vous votre recherche au grand public ?

A l'origine, ma recherche était plutôt orientée vers la théorie, mais quand j'ai rencontré Jean-Jacques j’étais particulièrement inspiré par son désir de tester la théorie d'une manière rigoureuse en appliquant des méthodes économétriques à des situations économiques réelles. Désormais, je m’efforce toujours, autant que possible, de trouver une application concrète à mes raisonnements. Dans les premiers jours à l'IDEI, mon travail se concentrait sur l'économie des infrastructures, notamment à travers les réseaux d'énergie et de télécommunications. Depuis mon adhésion au groupe ARQADE, j'ai étendu ce domaine d'expertise à l'économie du développement. Je cherche à déterminer, par exemple,  la mesure dans laquelle notre compréhension du fonctionnement du développement des télécommunications et des réseaux d'énergie dans les économies avancées peut être transférée aux pays en développement.

(3) Comment cette recherche impacte-t-elle la société ?


Un exemple est l'orientation que cette  recherche peut donner aux institutions financières internationales comme la Banque mondiale en fournissant des fonds pour le développement du secteur des infrastructures dans les pays du tiers monde. Plus concrètement, cela peut aider à identifier les domaines de l'économie de ces pays (à la fois dans les industries d'infrastructure mais aussi dans les institutions qui les soutiennent) dans lesquels l'aide devrait être concentrée afin d'optimiser le développement de ceux-ci.

(4) Un point phare actuel ou à venir dans votre travail ?

Bien que la recherche appliquée occupe la plupart de mon temps, je considère l'enseignement comme une partie très importante de mon travail. Je dois dire qu'au cours des dernières années pendant lesquelles j'ai été en charge de l'un de nos programmes de maîtrise à TSE («Économie des Marchés et Organisations»), j'en suis venu à réaliser à quel point la formation que nos étudiants reçoivent à TSE est excellente, et combien la transition au marché du travail est réussie. Cela me rend particulièrement fier. Vous aussi, n’est-ce pas?

(5) Quelques mots sur vos origines ?

Je suis né à Alger où mes parents se sont installés au début du 20e siècle en arrivant de la Kabylie, ou Tamurt Idurar («Terre des Montagnes») dans la partie nord de l'Algérie, qui est la patrie du peuple kabyle, des communautés berbère ou amazigh dans les montagnes de l'Atlas. Inutile de dire que je suis fier de partager quelques racines avec ces gens qui ont réussi (un miracle!) à préserver de nombreux aspects de leur culture (langue, coutumes, musique) à travers l'espace (de l'oasis égyptienne de Siwa à l'est aux îles Canaries à l'ouest) et le temps (plus de 2000 ans).
 
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12 Décembre 2011 : Jérôme BOLTE

Jérôme BolteJérôme a rejoint TSE en 2010 comme professeur de mathématiques à l'Université de Toulouse 1 Capitole. Il a étudié pour son doctorat en Mathématiques Appliquées à l'Université de Montpellier II (2003), suivi par une année post-doctorale à l'Université Simon Fraser (Vancouver) et l'Université du Chili. Avant de venir à TSE, il a occupé des postes d’enseignant-chercheur à l'Université de Paris VI (2004-07, 2008-10) et à l'École Polytechnique (2007-2008).

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?

Quand je suis venu pour chercher un poste de professeur, j'ai été attiré par TSE par un certain nombre de collègues potentiels qui étaient en train de travailler sur des questions intéressantes de mathématiques appliquées à l'économie, dans le groupe « M @ D», qui traite des mathématiques de la décision.
Venant de Paris, j'ai également été impressionné par l'environnement de recherche dynamique à Toulouse, et satisfait de la qualité de vie dans la région.

(2) Comment décririez-vous votre recherche au grand public ?

Je regarde les processus dynamiques qui peuvent contribuer à optimiser la prise de décision. Imaginez une fourmi au sommet d'une montagne qui doit atteindre la vallée par ses propres moyens. La fourmi a besoin de diminuer son altitude, mais ignore l’exacte configuration géographique de la montagne, et donc n'est pas sûre du chemin à emprunter. Je peux donc utiliser des algorithmes pour aider la fourmi à faire des choix locaux optimaux afin de trouver la meilleure direction vers la vallée, plutôt que d'avoir à choisir uniquement par sa propre intuition. Appliqué à l'industrie, ce processus d'optimisation pourrait aider à réduire les coûts, de la même manière que des choix locaux optimaux ont permis à la fourmi  de réduire son altitude.

(3) Comment cette recherche impacte-t-elle la société ?

Il y a un certain nombre de domaines d'application potentiels pour cette recherche. Par exemple, elle peut être appliquée au traitement du signal, pour comprimer des images ou sons, ou bien à l'industrie aéronautique, pour la conception des avions avec des émissions réduites, que ce soit sonore ou de carburant.

(4) Un point phare actuel ou à venir dans votre travail ?

J'ai été invité à présenter ma recherche lors d'une prochaine conférence sur l'imagerie scientifique à Philadelphie. Bien que ce ne soit pas ma spécialité, je suis heureux que cette branche de la recherche s'intéresse à mon travail, et je suis curieux de voir leurs réactions.

(5) Pourquoi avez-vous choisi de travailler dans la recherche?

C'est un mystère! En fait, même depuis mon plus jeune âge, j'ai toujours fait des choix pour continuer à faire des mathématiques! Mais je n'ai jamais pensé que la recherche pourrait devenir ma carrière, car je ne savais tout simplement pas que c’était possible d'être un chercheur professionnel en mathématiques. J'ai donc commencé ma carrière en enseignement des mathématiques, et j'ai alors réalisé que j'avais manqué le défi intellectuel de la recherche que j'avais entrevu lors de mon premier Master. À ce moment, un ami m'a conseillé d'entreprendre des études en mathématiques appliquées et je n'ai jamais regardé en arrière depuis!

 
L'interview de la semaine (1) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

5 Décembre 2011: Alexander GÜMBEL

Photo Alexander GümbelAlexander est professeur de Finance à l'Université de Toulouse 1 - Capitole (IAE). Il a obtenu son doctorat à l'Institut Universitaire Européen de Florence en 2000, et a occupé un poste de professeur à la Saïd Business School de l'Université Oxford de 1999 à 2009. Il est membre de TSE depuis 2008, date à laquelle il a quitté son poste à Oxford pour prendre une chaire Sénior à TSE, avant de rejoindre définitivement TSE en 2009.

(1) Pourquoi avez-vous choisi de travailler à TSE ?


L'aspect principal est l'environnement de recherche fantastique, qui me permet de combiner la finance à l'économie. En plus, j'ai trouvé l'environnement de travail à Toulouse très amical et coopératif avec de nombreuses personnes collaborant à des projets de recherche conjoints. J'ai aussi été attiré par Toulouse même, pour le style de vie offert par la ville et la région.

(2) Comment décririez-vous votre recherche au grand public ?

Difficilement! Ma recherche porte sur un certain nombre de concepts de finance, mais je peux donner un exemple, qui décrit fondamentalement la manière dont l'information est agrégée dans les prix sur les marchés financiers. On trouve un certain nombre de spéculateurs sur les marchés commerciaux, tels que les hedge funds et les investisseurs institutionnels, et ils ont tous des opinions et de l'information différentes. Les questions que je pose sont : dans quelle mesure les informations fournies par ces spéculateurs différents affectent les prix du marché ? Et quel est alors l’effet d'entraînement  qui en découle sur les entreprises? Ceci est connu comme l'effet de rétroaction, et nous avons montré que cela peut générer des manipulations de marché. Par exemple, dans certains cas les transactions spéculatives peuvent provoquer un effet de rétroaction grave sur les entreprises sensibles, conduisant même à la faillite, ceci par la perte de confiance des investisseurs et la chute des cours des actions.

(3) Comment cette recherche impacte-t-elle la société ?

Dans le sillage de la crise financière de nombreux régulateurs ont interdit les ventes à découvert, sans doute parce qu'ils font baisser les prix des stocks et conduisent à des effets de rétroaction négative. À l'époque, les régulateurs ont été confrontés à une situation nécessitant des décisions rapides, et peu d'indications étaient disponibles à partir des recherches d'alors. La recherche évoquée précédemment fournit un argument clair pour savoir quand est-ce que l'interdiction de ventes à découvert pourrait être souhaitable. Les régulateurs pourraient donc utiliser les résultats fournis pour les aider à prendre des décisions.

(4) Un point phare actuel ou à venir dans votre travail ?

Je travaille actuellement sur un article sur la contagion financière dans le contexte international, avec Oren Sussman de l'Université d'Oxford. Le document se penche sur les contraintes de la mobilité transfrontalière des capitaux.

(5) Qu’est-ce qui vous manque de l’Allemagne, votre pays d’origine ?


Mes amis et ma famille !